(Montréal) Un directeur national de la protection de la jeunesse ayant un statut de sous-ministre doit être nommé, plaide la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Mise en place dans la foulée de la mort tragique de la fillette de Granby au printemps 2019, cette commission devait rendre son rapport final lundi. Disant avoir accumulé des retards en raison de la pandémie, sa présidente, Régine Laurent, a demandé un délai jusqu’au 30 avril 2021.

En attendant, elle y est allée en conférence de presse d’observations et de recommandations préliminaires.

Selon la Commission, les décisions prises par la DPJ ne sont pas toujours dans l’intérêt de l’enfant qui, pour bien se développer, a besoin de vivre dans une famille stable et permanente. Les familles, les parents, les jeunes et les intervenantes sont en détresse en grande partie, estiment les commissaires.

Le système est notamment déficient en raison du travail en silo et « de la fragilité des services de proximité qui favorisent une hausse constante de signalements depuis 40 ans ».

La Commission dénonce aussi un problème de leadership et de reddition de comptes. D’où cette idée d’une autorité provinciale qui chapeauterait les multiples DPJ qui se partagent le territoire actuellement.

Cette autorité provinciale aurait notamment pour fonction d’exercer « un suivi rigoureux des services aux enfants et aux familles et de voir à mesurer les effets des interventions ».

Si cette nouvelle autorité apparaît indispensable aux yeux de la Commission, c’est qu’il y a « des disparités incroyables de région en région », a relevé Mme Laurent, selon laquelle l’heure est grandement venue de mettre de l’uniformité dans les pratiques.

La présidente a rappelé que la voix des enfants doit être entendue. « La parole des enfants doit être sollicitée, écoutée et protégée et leur participation doit être assurée », a dit Régine Laurent.

Selon les commissaires, les familles « sont en détresse, car elles n’ont pas accès aux services qui permettraient d’éviter que la situation se détériore. Les parents ne savent pas toujours où se tourner pour recevoir de l’aide ».

Entre autres problèmes se trouve aussi le fait que les jeunes, dès leur majorité, ne sont plus pris en charge par la DPJ et se retrouvent bien seuls face à eux-mêmes, sans le filet que procure habituellement la famille. La Commission croit qu’il faut réfléchir à l’idée de continuer de suivre les jeunes de la DPJ au-delà de leurs 18 ans.

Sur Twitter, Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, a souligné qu’un directeur national de la protection de la jeunesse va dans le sens de sa réflexion.

Véronique Hivon, porte-parole péquiste sur ces questions, juge aussi que c’est une bonne idée, mais elle souhaite qu’il relève du Conseil exécutif et non pas du ministère de la Santé et des Services sociaux.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), qui représente les intervenants de la DPJ, salue la proposition d’un directeur national qui rejoint sa recommandation de créer un protecteur de l’enfance et de la jeunesse.