Des millions d’Américains s’apprêtent à voyager pour célébrer Thanksgiving en famille, « une recette pour une catastrophe épidémique », s’inquiètent des chercheurs, alors que le pays fracasse des records de contamination.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) recommandent fortement aux Américains de ne pas voyager pour Thanksgiving, qui aura lieu ce jeudi. « Si nous parlons de 50 millions [tel qu’estimé par l’Association automobile américaine] d’Américains qui décident de quitter leurs bulles actuelles pour rendre visite à leurs parents et leurs grands-parents, ce serait une recette pour une catastrophe épidémique. C’est extrêmement inquiétant », se désole le Dr Mark Siedner, clinicien au Massachusetts General Hospital et chercheur en maladies infectieuses à l’École de médecine de Harvard.

Les États-Unis ont franchi samedi dernier le cap des 12 millions de cas depuis le début de la pandémie. Le pays le plus endeuillé au monde a observé une moyenne de 175 521 cas par jour depuis la dernière semaine, une augmentation de 43 % par rapport à la moyenne deux semaines plus tôt.

Des ressources limitées

Selon le DSiedner, les États-Unis pourraient assurément observer un pic de cas au cours des deux semaines suivant Thanksgiving.

Plus inquiétant encore, si ces interactions incluent des personnes âgées et d’autres personnes à haut risque, nous pourrions assister à un retour aux premiers jours de l’épidémie aux États-Unis, alors que les taux d’hospitalisation et de mortalité étaient bien plus élevés que ce que nous constatons actuellement.

Le Dr Mark Siedner, clinicien au Massachusetts General Hospital et chercheur en maladies infectieuses à l’École de médecine de Harvard

Le spécialiste en maladies infectieuses s’inquiète de la capacité physique et émotionnelle du personnel de la santé en cas de nouvelle vague. La Dre Abinash Virk, spécialiste en prévention et traitement des maladies infectieuses liées aux voyages à la Mayo Clinic de Rochester, au Minnesota, est du même avis. La Dre Virk craint que le personnel et l’équipement de l’hôpital soient encore plus sollicités au cours des prochains mois. « Il est important de se rappeler qu’en plus de Thanksgiving, nous entrons au cœur de l’hiver. La capacité d’être à l’extérieur a considérablement diminué. Nous prévoyons que les chiffres augmenteront tout au long de l’hiver », affirme-t-elle.

Rassemblements

Les CDC recommandent à ceux qui prévoient tout de même d’organiser un rassemblement de le faire à l’extérieur, de limiter le nombre de personnes et de demander aux invités d’apporter leur nourriture et leur boisson. L’utilisation d’articles jetables et le port du masque sont également fortement encouragés.

La Dre Virk ajoute que la population doit être prudente quant à sa propre exposition, mais aussi consciente de ne pas exposer les membres de sa famille qui peuvent être plus à risque de développer des formes plus graves de la COVID-19. « Il est important pour nous tous de nous protéger les uns les autres », indique-t-elle.

Selon l’Association automobile américaine, la population va probablement parcourir des distances plus courtes que les années précédentes et réduire le nombre de jours d’absence. Les voyages en voiture seront donc la forme dominante de voyage pour Thanksgiving, représentant 95 % de tous les déplacements. L’Association estime qu’il y aura 47,8 millions de voyages en automobile, contre 49,9 millions en 2019. Les voyages aériens diminueront de moitié, passant à 2,4 millions de voyageurs (contre 4,58 millions en 2019). Il s’agirait de la plus forte baisse en un an jamais enregistrée.

Les États en alerte

Dans un effort pour freiner la propagation de la COVID-19, différents États ont décidé d’opter pour des mesures plus strictes. Après avoir battu un record de contaminations, Los Angeles a décidé de fermer ses bars et restaurants mercredi, à la veille de Thanksgiving.

En Pennsylvanie, les responsables ont annoncé lundi l’interdiction de boire de l’alcool dans les bars ou les restaurants la veille de la grande fête. Au moins 6365 cas de coronavirus et 82 nouveaux décès ont été signalés en Pennsylvanie le 24 novembre.

PHOTO JULIO CORTEZ, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Tom Wolf, gouverneur démocrate de la Pennsylvanie

L’interdiction temporaire entrait en vigueur à 17 h mercredi et restera en place jusqu’à 8 h le matin de Thanksgiving. Le gouverneur de la Pennsylvanie, Tom Wolf, a déclaré que la consommation d’alcool encourage les rassemblements et l’échange de fluides, ce qui augmente le nombre d’infections. Les clients pourront toujours acheter de l’alcool à emporter.

L’exception n’est plus

Le comté de Loving, dans l’ouest du Texas, était le dernier comté de la zone continentale des États-Unis à n’avoir rapporté aucun cas de coronavirus. La fierté des résidants se faisait ressentir sur tout le territoire. Loving County était même exempté d’une obligation de porter le masque dans les lieux publics. Son succès était probablement dû à la faible densité de la population, puisque seulement 169 habitants sont répartis sur plus de 1000 km2.

Le 17 novembre, dix mois après la première infection enregistrée aux États-Unis, des responsables de l’État ont rapporté trois tests positifs au coronavirus dans le comté de Loving. L’ensemble du continent américain est désormais touché par la pandémie.