Il était une fois un couple. Ça fait deux. Avec deux enfants. Ça fait quatre. Les membres du couple ont chacun deux parents. Ça fait huit. L’un des membres du couple a aussi une sœur. Ça fait neuf. Elle est mariée. Ça fait dix. C’est assez. Le compte est bon. Mais ce n’est pas fini. La sœur a un enfant. Ça fait onze. C’est trop. Il n’entre pas. Il reste dehors.

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

Il ne sera pas le seul à se les geler. L’autre membre du couple a deux frères. Ça fait treize. Oubliez ça. L’un est marié. Ça fait quatorze. Beaucoup trop. L’autre a une nouvelle copine. Ça fait quinze. Stop ! Stop ! Le frère marié a deux enfants. Ça fait dix-sept. Appelez la police. Rien ne va plus !

La règle est claire : « Rassemblements privés. En vigueur seulement du 24 au 27 décembre inclusivement. Limite de 10 personnes par rassemblement. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

En raison de la pandémie de COVID-19, les rassemblements de Noël ne pourront avoir lieu que du 24 au 27 décembre inclusivement, avec une limite de 10 personnes par rassemblement.

Le couple décide donc de faire deux célébrations. L’une avec la famille de maman, le 24 décembre. L’autre avec la famille de papa, le 25 décembre.

Recalculons. Une famille de quatre. Ça ne change pas. Avec les grands-parents maternels, ça fait six. La belle-sœur et sa conjointe. Ça fait huit. On ajoute leur enfant. Ça fait neuf. Excellent. Le père Noël peut même passer, tout est dans la légalité.

Le 25, maintenant. Avec l’autre côté de la parenté. La famille de quatre. Toujours là. Ils sont chez eux. Les grands-parents paternels, on est six. Les deux frères, on est huit. Leurs partenaires, ça fait dix. Le neveu et la nièce, nous voilà à douze. Ça ne fonctionne plus.

On pourrait toujours demander à celui qui a une nouvelle copine de ne pas inviter sa nouvelle copine. C’est bête. Mais faut ce qu’il faut. On est donc à onze pour le 25. Il y en a encore un de trop.

Comme il reste une place dans le party du 24, on pourrait faire fêter un membre de la famille paternelle avec la gang de la famille maternelle. C’est gênant. Mais faut ce qu’il faut. On ne séparera pas les deux enfants, quand même.

On pourrait demander au frère, célibataire d’un soir, de venir fêter la veille. Tant qu’à être tout seul, aussi bien l’être avec des étrangers. Bien sûr, il risque de refuser. Faire le sacrifice de ne pas être avec son amoureuse à Noël pour être avec ses parents, c’est une chose, mais faire le sacrifice de ne pas être avec son amoureuse la veille de Noël pour être avec les parents de la femme de son frère, c’en est une autre. Des plans pour rester célibataire longtemps.

On fait quoi, alors ? On demande à l’autre frère de faire garder ses enfants ? Ça va être moins bruyant. Mais triste pour les enfants du couple qui ne pourront pas jouer avec leurs cousins. À moins de demander à l’autre frère et à sa femme de laisser leurs enfants au party et de retourner chez eux. Après tout, Noël, c’est la fête des enfants. Justement, à bien y penser, séparer des enfants de leurs parents à Noël, c’est pas la meilleure idée, même si ça nous permet d’arriver à dix invités.

La gestion des fêtes ne sera pas évidente, cette année. L’idéal serait d’avoir plusieurs services. Dans toute fête de famille, il y a ceux qui arrivent toujours trop tôt et ceux qui arrivent toujours trop tard. Il suffit de s’organiser pour que ceux qui arrivent trop tôt soient déjà partis quand arrivent les retardataires. Tu manges l’entrée et la dinde chaude avec les premiers. Tu manges la dinde froide et le dessert avec les deuxièmes.

Il y a aussi la solution de la pige familiale. Tu fais comme pour la pige des cadeaux. Tu mets tous les noms des membres de la famille dans un chapeau. Les dix premiers noms pigés sont ceux qui ont le droit d’aller au party. Les autres sèchent chez eux.

On peut aussi dresser la liste des personnes que l’on voit habituellement durant le temps des Fêtes. En les plaçant par ordre de priorité. Le 24, vous le passez avec votre top 10. Le 25, avec les positions 11 à 20. Le 26, avec les positions 21 à 30. Et le 27, vous mangez vos restants avec les restants ! Le bottom 31 à 40.

Ceux pour qui ça va être vraiment compliqué, ce sont les familles séparées. Imaginez une famille où les enfants ont l’habitude de passer Noël avec maman, et le jour de l’An avec papa. On a seulement le droit de fêter Noël. Ça va être le fun, le jour de l’An avec papa ! D’un côté, tu vois toute la famille de ta mère, de l’autre côté, tu vois juste la face de ton père. Il est mieux d’avoir le WiFi.

Quelque chose me dit que bien des gens vont se tricoter des mesures sur mesure. Bon, allez-y doucement, faites attention. L’important, c’est de ne jamais oublier l’objectif commun de ce temps des Fêtes particulier : se donner de l’amour, sans se donner la COVID-19. Pour éviter que des gens soient gravement malades. Pour éviter que des gens meurent.

Bien sûr, c’est plaisant, les grosses tablées et les danses en ligne à quarante. Mais cette année, c’est plus un Noël André Gagnon qu’un Noël de rigodons. C’est plus un Noël instrumental qu’un Noël de grosse chorale. Rien de mieux pour se réconforter que l’intimité. Et Dieu sait qu’on a besoin d’être réconforté.

Si on veut que 2021 soit moins en vain que 2020, à nous de faire en sorte que nos demeures ne soient pas des foyers d’éclosion, mais des foyers d’émotion.

Je vous souhaite de belles invitations.

Il y a déjà un truc dont on est assuré. C’est que pour une fois, il n’y aura pas de chicanes à Noël à propos de ce qui s’est passé au party de bureau. On prend le positif où il y en a.

Bon samedi à décorer votre coin Zoom !