(Québec) Les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) demandent au gouvernement Legault d’intensifier les efforts pour attirer davantage d’étudiants à devenir policier, alors que les forces de l’ordre ont des « besoins criants » sur le terrain et qu’augmenter leurs effectifs permettrait de réduire une charge de travail qui s’alourdit.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

En entrevue avec La Presse, le président de l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec (APPQ) a affirmé que « la plus grande inquiétude de [ses] membres, c’est la fatigue ». Pierre Veilleux présentait mardi le mémoire de l’Association au comité consultatif mandaté par Québec pour analyser la réalité policière, alors que le gouvernement souhaite moderniser la Loi sur la police.

Lors de la précédente réforme de la Loi, il y a près de 20 ans, « on avait un taux d’encadrement de 1,28 policier par 1000 habitants. Quand on fait le ratio en 2019, on est en manque d’environ 304 policiers au niveau de la patrouille seulement », estime-t-il.

Dans certaines régions, si un nombre restreint de policiers s’absentent du travail pour diverses raisons, la charge de travail des autres agents en fonction explose, alors que le territoire à couvrir peut être grand.

Une solution, dit M. Veilleux, serait de revoir le mode d’admission dans les programmes de technique policière au cégep, afin d’augmenter dans les prochaines années le nombre de diplômés.

« Il y a un grand questionnement qui est en train de se faire au niveau de l’admission des gens en technique policière dans les cégeps. […] Tout est axé sur la cote R, mais cette cote R n’est pas un absolu. Il faut un amalgame entre les notes et le savoir-être d’une personne. Ce n’est pas parce qu’une personne a 95 % de moyenne qu’elle va nécessairement faire un bon policier », affirme le président de l’APPQ.

Des enjeux de santé mentale

Les policiers de la SQ estiment également que Québec doit mettre en place des équipes d’interventions mixtes, donnant accès aux policiers sur le terrain à des psychologues ou à des travailleurs sociaux pour les aider dans la multiplication des interventions liées aux personnes en crise et qui présentent des troubles de santé mentale.

« On devrait mettre en place des équipes d’intervenants sociaux [disponibles] pour les policiers sur le terrain lors d’interventions précises qui nécessitent plus d’un policier. Parfois, juste le fait de voir un policier en uniforme, ça se met à dégénérer et on n’a pas dit un mot », explique M. Veilleux.

« Les [problèmes de] santé mentale dans les rues, ça a explosé. La désinstitutionnalisation de la santé mentale a fait en sorte que les gens sont sortis des hôpitaux, on vit beaucoup d’itinérance, beaucoup de problèmes reliés à des crises ou à des désordres de santé mentale. C’est énormément de temps qu’il faut investir », estime-t-il.

« On ne répond plus qu’à des appels pour un vol, une introduction par infraction, il faut travailler avec les gens [aux prises avec un problème de santé mentale], les amener à se faire soigner, les prendre en charge. C’est du temps et de l’énergie qui font en sorte que tous les autres appels [qu’on reçoit toujours], ça a explosé au niveau de la charge de travail », déplore-t-il.

De l’aide pour ceux en détresse

Dans ce contexte, la détresse psychologique chez les policiers doit aussi être mieux décelée. Pierre Veilleux demande au gouvernement Legault de mieux financer des organismes comme la maison de thérapie La Vigile, à Québec, entièrement dédiée aux personnes qui portent l’uniforme et qui vivent des problèmes de santé mentale. L’APPQ souhaiterait qu’une telle maison ouvre aussi ses portes dans le Grand Montréal.

En matière de prévention, M. Veilleux ajoute qu’il faudrait que « tous les policiers, pour toutes les fonctions qu’ils occupent à la SQ, [aient] accès à une rencontre par année pour détecter si on a des problèmes, si tout va bien ».