Des propos percutants du maire de Saint-Roch-de-l’Achigan viennent contredire les affirmations de l’urbaniste Michel Collins à La Presse selon lesquelles il a soigneusement évité de se placer en conflits d’intérêts dans son travail pour la MRC de Montcalm.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Ils apportent des précisions sur le réaménagement de la MRC, autorisé par le gouvernement malgré l’avis de fonctionnaires-clés, qui redoutent l’étalement urbain.

Le maire Yves Prud’homme a affirmé à La Presse que Michel Collins, patron de la firme d’urbanisme BC2, et un promoteur immobilier sont venus le rencontrer à plusieurs reprises pour le convaincre de transformer une forêt de sa municipalité en petits lots pour des maisons unifamiliales. Ces rencontres ont eu lieu alors que Michel Collins accompagnait aussi étroitement la MRC, dont fait partie Saint-Roch, dans le réaménagement de son territoire, qui profiterait au promoteur.

Dit autrement, Michel Collins agissait en même temps au nom de la MRC, qui fixe les règles d’urbanisme, et du promoteur, qui les subit, selon les propos d’Yves Prud’homme.

Quatre rencontres ont eu lieu entre le 25 février et le 29 avril 2019, a noté le maire en consultant son agenda. Les rencontres se sont donc déroulées seulement six mois avant que le gouvernement accepte le nouvel aménagement de la MRC, en octobre 2019.

2000 maisons à 50 km de Montréal

Le réaménagement de cette MRC de Lanaudière a été avalisé par le gouvernement avec une version allégée, devenue l’« aire écoresponsable ». Les critiques de certains des fonctionnaires qui étaient en désaccord concernaient justement ce quartier « écoresponsable », à 50 km de Montréal.

Dans les quatre rencontres, nous a expliqué le maire, Michel Collins et le promoteur tentaient de le convaincre d’ériger un nouveau quartier de 2000 maisons. Le promoteur s’appelle plus précisément Développement Saint-Roch, entreprise détenue indirectement par Arthur Steckler, de Montréal.

Dans le nouveau schéma avalisé par le gouvernement, ce sont finalement 450 maisons qui ont été approuvées.

Dans notre reportage de lundi, nous avions exposé les liens étroits et opposés de la firme BC2 avec la MRC, d’une part, et le promoteur Arthur Steckler, d’autre part. En réplique, Michel Collins a soutenu que sa firme BC2 prend soin de ne pas se placer en conflit d’intérêts, qu’il ne travaillait pas personnellement sur le dossier de Développement Saint-Roch, qu’il s’agissait plutôt d’un de ses employés, Marc Rouleau.

« On est le plus gros bureau d’urbanisme au Québec. Alors on travaille à l’occasion pour des municipalités et à l’occasion pour le secteur privé. On fait toujours attention à ces choses-là et quand ça se produit, il y a un mur de Chine qui est constitué », nous avait-il dit.

Le maire Yves Prud’homme, que d’aucuns connaissent comme ancien président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, raconte tout le contraire. Selon lui, Michel Collins et le promoteur le pressaient pour aller de l’avant – et même, Michel Collins ne se gênait pas pour évoquer son rôle influent au sein de la MRC et du gouvernement.

On était en attente du schéma d’aménagement. Le projet de 2000 maisons ne pouvait pas se réaliser sans l’aval du gouvernement. Et M. Collins disait souvent : ‟Ne vous inquiétez pas. C’est moi qui suis dans le dossier. Ça va bien aller.”

Yves Prud’homme, maire de Saint-Roch-de-l’Achigan

Le maire n’était pas chaud à l’idée d’autoriser 2000 maisons. S’il ne pouvait l’empêcher, il avait trois exigences. L’une d’elles était que la construction des usines d’eau potable et de traitement des eaux usées soit à la charge du promoteur. Les autres conditions portaient sur la réalisation d’une étude d’impact sur la circulation et l’élaboration de solutions pour éviter la congestion routière.

Finalement, le gouvernement a autorisé 450 maisons, mais sans réseaux d’égouts et de distribution d’eau. Les terrains auront de 18 000 à 36 000 pieds carrés, soit moins que les 50 000 pieds carrés précédemment autorisés, mais davantage que les 5000 pieds carrés demandés par le promoteur.

Michel Collins n’a jamais figuré au Registre des lobbyistes comme représentant de Développement Saint-Roch, malgré le rôle décrit par le maire. Il y est toutefois inscrit comme lobbyiste de la MRC de Montcalm entre mars 2019 et décembre 2019 pour négocier le nouveau schéma avec le gouvernement du Québec.

Joint au téléphone, Michel Collins a pris connaissance de nos nouvelles informations avant de raccrocher sans ajouter un mot.

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), Andrée Laforest, n’était pas au courant du double rôle de la firme BC2, a affirmé son attachée de presse, lundi.

MRC de Montcalm : le député Barrette y voit des apparences de « patronage »

« Plus on en apprend, plus on découvre des intérêts non divulgués. C’est très troublant », a dit le député de La Pinière, Gaétan Barrette, à la suite du reportage rapportant que la firme d’urbanisme BC2 jouait sur deux tableaux. « Ça ne fait qu’appuyer ce qui a toutes les apparences d’être du patronage par le dézonage », a ajouté le porte-parole libéral en matière d’éthique, d’intégrité des marchés publics et d’infrastructures. Gaétan Barrette fait remarquer que l’arrivée de l’ancien préfet de la MRC de Montcalm [Louis-Charles Thouin] comme député et adjoint parlementaire de la ministre des Affaires municipales coïncide avec le départ des fonctionnaires qui étaient contre le projet. « Ce n’est pas normal que les officiers du Ministère qui étaient contre cette modification du schéma aient été remplacés et qu’après coup, le gouvernement ait été pour le schéma », dit-il.