La Cour d’appel double pratiquement la peine de détention à domicile que devra purger l’homme d’affaires Louis-Pierre Lafortune, cet « entremetteur » qui avait aidé un membre des Hells Angels à planifier le recyclage de l’argent de la drogue dans l’industrie de la construction et la prise de contrôle du marché de la maçonnerie, entre 2006 et 2009.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

M. Lafortune avait été initialement condamné à 12 mois d’emprisonnement au sein de la collectivité, dans un jugement qui remonte à 2017. Mais le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) avait porté la peine en appel, estimant qu’elle n’était pas assez sévère. La Cour d’appel lui a donné raison lundi en faisant passer de 12 à 23 mois la peine à purger à la maison.

L’homme d’affaires avait été arrêté dans le cadre du projet Diligence, une enquête de la Sûreté du Québec portant sur l’infiltration de l’industrie de la construction par les Hells Angels.

Proche du motard Norman « Casper » Ouimet, Louis-Pierre Lafortune avait aidé à planifier l’injection des profits du trafic de stupéfiants dans une entreprise de maçonnerie en difficulté et sa prise de contrôle par les associés de Ouimet. Il agissait comme « entremetteur ou facilitateur permettant à Ouimet d’avoir accès à de nombreux intervenants » dans l’industrie, selon le tribunal.

« Sa notoriété et son succès en affaires lui permettent de rassembler différents entrepreneurs dans le projet élaboré avec Ouimet pour créer un consortium afin de contrôler les prix et le marché de la maçonnerie au Québec. Ouimet et Lafortune seraient à la tête de ce vaste projet », précisait le jugement de première instance.

Leur plan avait toutefois été mis en échec avant de se matérialiser, si bien que Louis-Pierre Lafortune avait été reconnu coupable de complot en vue de recycler les produits de la criminalité, mais pas de recyclage en tant que tel.

Consultant en décontamination

Dans l’attente de la décision de la Cour d’appel dans son dossier, Louis-Pierre Lafortune a expliqué qu’il travaillait comme « consultant » dans une entreprise de décontamination appelée Gestion OFA Environnement. La firme, qui est aujourd’hui fermée, a été la cible d’une vaste enquête commune de la Sûreté du Québec et du ministère de l’Environnement pendant cette période.

La théorie des autorités était que Gestion OFA Environnement tentait de prendre le contrôle de l’industrie de la décontamination et déversait clandestinement ses sols contaminés dans la nature plutôt que de les faire traiter de façon écologique. Les enquêteurs avaient saisi des milliers de faux bons de pesée et dénombré plusieurs dizaines de sites contaminés à la campagne. Un chimiste du Ministère avait produit un rapport expliquant que l’un des sites en milieu agricole avait été tellement empoisonné qu’on risquait de voir apparaître des cancers ou des mutations chez certains animaux.

Après la mort d’un des témoins principaux et l’apparition de difficultés en matière de gestion de la preuve, le DPCP s’était dit incapable de déposer des accusations criminelles. Une tentative d’imposer des amendes en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement s’est ensuite soldée par un arrêt du processus judiciaire en raison des délais jugés déraisonnables.