Des maires du Grand Montréal s’inquiètent que Québec néglige les conséquences « financières et humaines » que le projet de loi 67 aura dans plusieurs municipalités situées dans une zone inondable, en limitant le nombre de personnes et de biens qui s’y trouvent au lieu de prévenir le risque réel d’inondation.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Ce qu’on comprend, c’est que quand l’eau monte, les gens devront partir. Mais ça ne marche pas comme ça dans la réalité. Tout le Québec s’est bâti près des cours d’eau », explique à La Presse le maire de Vaudreuil-Dorion, Guy Pilon.

Au cœur du problème : l’article 93 de la Loi instaurant un nouveau régime d’aménagement dans les zones inondables, qui est actuellement soumis à des consultations. On y lit en effet que l’objectif du gouvernement est de « contribuer à limiter le nombre de personnes et de biens exposés aux inondations ».

S’il salue « ce pas en avant », M. Pilon persiste et signe : déplacer des ménages entraînera beaucoup de frustration. « Il faudrait nous donner 200 millions, juste pour les sacrifices que ça va entraîner. C’est des centaines de maisons qui vont se retrouver dans le trouble », souligne celui qui dirige la municipalité montérégienne depuis 2005.

Il y a des impacts matériels et humains majeurs que le gouvernement n’a clairement pas calculés. Il faut vite préciser ce projet de loi.

Guy Pilon, maire de Vaudreuil-Dorion

Éviter à tout prix le « mur à mur »

À Deux-Montagnes, le maire Denis Martin affirme que sa principale crainte est que le règlement s’applique de manière uniforme, en balayant les réalités propres à chaque territoire. « On doit empêcher l’application mur à mur qui gèlerait complètement des villes comme Pointe-Calumet, alors qu’il y a des investissements importants qui ont été faits en prévention », soulève-t-il.

En mars, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) présentait de nouveaux outils d’évaluation pour les zones inondables. Des stations d’observation ont été installées à plusieurs endroits stratégiques, près des cours d’eau jugés plus à risque, avec des caméras laser mesurant la hauteur de l’eau toutes les cinq minutes.

On est capable d’évaluer le comportement d’un cours d’eau, et de faire des analyses au centimètre près pour déterminer où l’eau passera.

Cédric Manseau, chef du bureau de projet de gestion des inondations à la CMM

Le directeur général de la CMM, Massimo Iezzoni, déposera mardi un mémoire à Québec, avec cinq recommandations, dont celle de modifier l’article 93. Il proposera de modifier l’objectif du gouvernement, en visant plutôt à « diminuer la vulnérabilité des personnes et des biens exposés aux inondations ».

Québec ouvert à discuter

Joint par La Presse, le cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, se dit ouvert « aux propositions constructives ». Mais il souligne que sa proposition initiale prend déjà en compte le concept de risques.

« Notre approche dans le projet de loi, et de façon générale également, est entièrement basée sur la notion de gestion du risque », affirme l’attachée de presse Bénédicte Trottier-Lavoie. Elle souligne que plusieurs organismes ont d’ailleurs « salué les dispositions » du projet de loi, mais reconnaît que plusieurs « bonifications » sont étudiées.

Québec rappelle que sa démarche pour revoir la façon d’aménager le territoire est « sans précédent ». Un budget de 500 millions y est affecté, une somme « significative » afin de faire face aux défis en matière d’environnement, dont celui des changements climatiques.