La chasse au phoque, qui a été source de nombreuses controverses au fil des ans, sera permise dans l’île Brion l’hiver prochain dans le cadre d’un projet de recherche scientifique. La nouvelle a réjoui la communauté des Îles-de-la-Madeleine, mais les chasseurs ne crient pas encore victoire.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

Le gouvernement du Québec a annoncé mercredi qu’il autoriserait dès l’hiver 2021 une « chasse structurée aux phoques gris » sur une partie de l’île Brion, réserve écologique située à une quinzaine de kilomètres au nord des Îles-de-la-Madeleine.

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) veut recueillir plus de données sur la population de phoques gris et son effet sur l’île, suivant ainsi les recommandations du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Le Ministère aimerait établir les conditions d’une éventuelle chasse commerciale dans l’île, une demande répétée par la communauté madelinoise.

Le maire des Îles, Jonathan Lapierre, s’est réjoui de cette annonce. « Ça fait des années qu’on travaille avec tous les intervenants. Je suis très fier de voir qu’on a trouvé une voie de passage dans ce dossier. »

« Ça semble une bonne nouvelle, mais je ne peux pas vraiment en dire plus », a réagi Jonathan Vigneau, président de l’Association des chasseurs de phoque Intra-Québec, en entrevue avec La Presse.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jonathan Vigneau, président de l’Association des chasseurs de phoque Intra-Québec

Le détail de cette chasse « structurée » n’est pas encore connu. Combien de personnes seront autorisées à chasser ? Combien de prises seront permises ? Quelles informations devront être fournies par les chasseurs dans le cadre du projet de recherche ?

« On nous a dit qu’on serait consultés », signale M. Vigneau.

Enjeu économique et écologique

Depuis quelques années, le phoque gris a pris place sur les berges de l’île Brion, d’une superficie de 6,5 km2, au grand dam des pêcheurs et chasseurs madelinots. L’île abrite aussi des espèces animales et végétales menacées ou vulnérables.

En 2017, la Communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine avait demandé au gouvernement de revoir les limites de la zone écologique pour y permettre la chasse au phoque gris. La demande avait été suivie d’un BAPE en 2018.

Dans son rapport, le BAPE a cependant conclu que les données scientifiques étaient « incomplètes » et que toute décision visant à modifier le statut d’une zone protégée ne devait pas être prise à la légère.

La Société pour la nature et les parcs, section Québec (SNAP), organisation qui milite pour la création d’un réseau d’aires protégées, a réagi positivement à l’annonce. « Cette décision va dans le sens de nos recommandations au BAPE. Nous sommes contents de voir que le gouvernement a aussi écouté les Madelinots », affirme Véronique Bussières, responsable à la conservation bioculturelle.

La chasse au phoque gris constitue un enjeu à la fois économique et écologique dans l’Atlantique Nord-Ouest. Ce mammifère marin est un prédateur de plusieurs espèces de poissons de fond et nuit au rétablissement des stocks de morue. Le phoque gris n’est pas considéré comme une espèce menacée, bien que la diminution de la couverture de glace en hiver puisse avoir une incidence à plus long terme.

Si la chasse commerciale était autorisée à l’île Brion, elle n’aurait peu d’effet sur la population de phoques et ne permettrait pas de diminuer la prédation des poissons de fond. Selon Pêches et Océans Canada, les phoques gris de l’île ne représentent que 1 % des individus qu’on retrouve dans l’Atlantique Nord-Ouest.

Consultez le rapport du BAPE 

En chiffres

424 000

Nombre estimé de phoques gris dans l’Atlantique Nord-Ouest (2016)

1612

Nombre de phoques gris chassés en 2016

7,4 millions

Nombre de phoques du Groenland dans l’Atlantique Nord-Ouest

66 800

Nombre de phoques du Groenland chassés en 2016

Source : Pêches et Océans Canada