(Ottawa) Le Canada a fait un grand bond pour tenir sa promesse faite à l’OTAN de consacrer une plus grande part de son économie à la défense — « grâce » à un inattendu coup de pouce comptable de la COVID-19.

Lee Berthiaume
La Presse Canadienne

Les nouveaux chiffres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), publiés mercredi, montrent que le Canada est sur le point cette année de dépenser comme jamais depuis dix ans pour la défense, si on compare ces dépenses à l’aune du produit intérieur brut (PIB). Pourtant, l’alliance militaire s’attend à ce que le gouvernement libéral maintienne simplement ses dépenses de défense : c’est le PIB qui va diminuer, à cause de la COVID-19.

Selon l’analyste David Perry, de l’Institut canadien des affaires mondiales, ces « résultats positifs » ne devraient pas berner les États-Unis, car le Canada continue d’être bien loin de remplir sa promesse faite à l’OTAN en 2014 : consacrer 2 % de son PIB à la défense au cours de la décennie suivante.

Cette promesse commune des membres de l’OTAN faisait suite aux plaintes des États-Unis concernant le partage du fardeau entre les alliés, mais aussi aux préoccupations plus générales concernant les nouvelles menaces de la Russie et de la Chine, qui augmentaient, elles, leurs dépenses militaires.

L’OTAN et les États-Unis ont critiqué à plusieurs reprises le Canada pour ne pas avoir atteint l’objectif du 2 % ; le président Donald Trump a qualifié le Canada de « légèrement délinquant », en décembre, lors d’une rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau. Son prédécesseur, Barack Obama, avait lui aussi épinglé le Canada lors d’une allocution au Parlement en 2016. Les États-Unis dépensent plus que tout autre membre de l’OTAN pour la défense, à la fois en termes de dollars et en pourcentage du PIB.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré mercredi que cette importante question serait discutée à nouveau cette semaine lors de la prochaine réunion des ministres de la Défense des pays membres.

1,45 % du PIB

Les chiffres de l’OTAN montrent que le Canada est sur le point de consacrer 1,45 % de son PIB à l’armée cette année. Il ne s’agit pas seulement d’un bond important par rapport aux 1,29 % de l’an dernier, mais de la plus grande part du PIB pour la défense depuis dix ans.

Cela dépasse également le plan initial du gouvernement libéral, énoncé dans la politique de défense en 2017, qui prévoyait de consacrer 1,4 % du PIB à l’armée d’ici 2024-2025 — année où les membres de l’OTAN devaient atteindre l’objectif de 2 %.

Mais les chiffres montrent bien que l’augmentation prévue — de 1,29 à 1,45 % du PIB — n’est pas le résultat d’une réelle injection de fonds pour les Forces armées canadiennes cette année : les dépenses devraient atteindre 30 milliards, en hausse d’un peu plus d’un milliard seulement par rapport à 2019. L’OTAN prévoit que pendant ce temps, le PIB canadien diminuera d’environ 8 % cette année, alors que la COVID-19 continue de ravager l’économie.

Le rapport de l’OTAN semble par ailleurs donner plus de crédit aux affirmations récentes du ministre de la Défense, Harjit Sajjan, de la sous-ministre Jody Thomas et d’autres responsables, qui suggèrent que les libéraux ne préparent pas de coupes franches.

Le Canada est également resté 21e sur 29 membres de l’OTAN en termes de part du PIB, tandis que d’autres alliés ont également reçu un coup de pouce comptable de la COVID-19.

L’analyste Perry rappelle par contre que le gouvernement n’a pas encore établi d’échéancier pour l’atteinte du 2 % du PIB. Or, si l’on se fie à la politique de défense des libéraux, les dépenses militaires devraient plutôt commencer à baisser après 2024-2025.

Bien qu’ils aient accepté l’objectif du 2 % lors du sommet des dirigeants des pays de l’OTAN au pays de Galles en 2014, les gouvernements canadiens successifs ont à plusieurs reprises qualifié cette cible d’« ambitieuse ».