(Calgary) La pandémie de la COVID-19 a obligé des professeurs collégiaux et universitaires à se tourner vers des programmes à distance pour démasquer d’éventuels tricheurs par l’entremise de leur caméra web ou de leur microphone.

Lauren Krugel
La Presse Canadienne

Ce type de logiciel de surveillance en ligne rencontre des résistances parmi la population étudiante de nombreux établissements.

L’association étudiante de l’Université de la Colombie-Britannique a écrit au cours de l’été une lettre à la direction lui demandant de mettre fin à sa relation avec le fournisseur de logiciels Proctorio.

Sa vice-présidente, Georgia Yee, raconte que le recours à ce logiciel a soulevé des problèmes de confidentialité. Les étudiants se sentent « effrayés ». Leur anxiété augmente. Elle dit avoir entendu parler d’étudiants qui ont été soupçonnés de tricherie à cause de leur couvre-chef religieux, de leur handicap ou de leur peau plus sombre.

« Nous avons entendu de très nombreux exemples d’étudiants décrivant des crises de panique ou se sentant profondément mal à l’aise. Ils se sont sentis contraints à utiliser le logiciel. »

La direction a lancé des « principes directeurs » qui répondent à certaines des préoccupations, mais Mme Yee souhaite une position plus ferme.

Mike Olsen, le PDG de Proctorio, une entreprise établie en Arizona, dit sympathiser avec les étudiants et les enseignants qui ont été forcés de quitter leur zone de confort par le passage brusque à l’internet, mais « l’université doit maintenir un certain niveau d’intégrité ».

L’utilisation de Proctorio a décuplé entre avril 2019 et avril 2020, mentionne-t-il.

Proctorio fonctionne comme une extension de navigateur, de sorte que les étudiants n’ont rien à télécharger et peuvent facilement le désactiver après un examen. Il offre un large éventail de fonctionnalités aux professeurs afin qu’ils puissent opter pour des moyens de surveillance moins invasifs. Ils peuvent également choisir d’accorder plus de temps ou des accommodements aux étudiants qui en ont besoin.

« Nous essayons de former les institutions, avance M. Olsen. Ce que nous faisons de manière très intentionnelle, c’est de leur signifier que la puissance et le contrôle de ces différents paramètres leur incombent. »

Proctorio laisse également à la faculté le soin d’interpréter les enregistrements et de déterminer si quelque chose d’interdit s’est produit.

« Nous n’avons pas d’algorithme magique de boîte noire », ajoute M. Olsen.

Moins de tricheries

Sarah Eaton, professeure agrégée de l’Université de Calgary, signale que les recherches ont indiqué que la tricherie était moins grande en ligne que dans une salle de classe.

Toutefois, la pandémie de COVID-19 n’a pas totalement éliminé ce problème, reconnaît-elle.

« Un des principaux facteurs des cas d’inconduite est le stress des étudiants. Cela a été documenté », souligne Mme Eaton.

Selon elle, la pandémie devrait pousser les enseignants à repenser leur approche.

« Lorsque les professeurs donnent un examen, il y a généralement une variable qui est censée changer : ce sont les connaissances de l’élève. La salle de classe est un environnement académiquement stérile. »

De nos jours, ce ne sont pas tous les étudiants qui peuvent d’un espace de travail silencieux ou d’une connexion internet fiable.

« C’est comme si leur environnement était contaminé, soutient Mme Eaton. Les gens passent des examens comme si toutes ces autres conditions étaient encore égales pour tous. »

James Skidmore, qui dirige le Centre d’études allemandes de l’Université de Waterloo, enseigne en ligne depuis 15 ans. Pendant la pandémie, il a organisé des webinaires pour quelque 800 professeurs du monde entier qui ont dû revoir leurs méthodes d’enseignement.

M. Skidmore concède qu’il y aura toujours de la triche, mais il pense que le meilleur moyen de dissuasion est de favoriser le respect.

« Je ne suis pas allé dans l’enseignement pour devenir flic dans un centre commercial, déclare-t-il. On doit créer une communauté avec ses élèves pour éviter qu’ils vous considèrent comme un robot. »

M. Skidmore préfère les évaluations dans lesquelles les élèves peuvent appliquer leurs connaissances et réfléchir profondément à la matière plutôt que de montrer qu’ils ont mémorisé des faits et des chiffres.

Il est plus difficile de tricher dans ces travaux pratiques. « C’est de plus une expérience d’apprentissage beaucoup plus riche », juge-t-il.

Todd Cunningham, professeur adjoint de l’Université de Toronto, croit que les enseignants et les étudiants devraient discuter à l’avance de la question de savoir s’il existe des obstacles pouvant compromettre leurs résultats lorsqu’un examen est donné à distance.

« En ces temps de pandémie, nous devons trouver des solutions, car nous ne pouvons pas simplement tout mettre en pause. Pour les trouver, il faut aussi comprendre que nous devons faire preuve de compassion. »