Dans un revirement de sens dont les réseaux sociaux sont friands, les Proud Boys sont passés en l’espace de quelques jours de groupe d’extrême droite à… mot-clic qui célèbre la fierté de la communauté LGBT.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Et l’un des messages les plus remarqués provient d’un compte associé aux Forces armées canadiennes.

Le message a été diffusé peu avant 9 h dimanche par le compte Twitter officiel des militaires canadiens basés aux États-Unis. La photo qui l’accompagne montre le baiser échangé en 2016 par un militaire de la Marine qui retrouvait son conjoint au retour d’une mission. En fin de journée dimanche, le message avait été partagé et commenté plusieurs dizaines de milliers de fois.

« Si vous connaissez notre histoire, vous savez que les Forces n’ont pas toujours traité tout le monde de la même manière », a expliqué dimanche à La Presse le capitaine Kirk Sullivan, l’officier des relations publiques qui est derrière le compte @CAFinUS. « C’est important de le reconnaître. Et c’est important que les gens sachent qui nous sommes, aujourd’hui. »

Le mardi 29 septembre, lors du débat présidentiel, le président Donald Trump a suscité une vague de critiques lorsqu’il a refusé de dénoncer les suprémacistes blancs. En référant à un groupe cité par le candidat Joe Biden, il a déclaré : « Proud Boys, reculez-vous et tenez-vous prêt ». Les Proud Boys se décrivent comme des « chauvinistes occidentaux » et sont considérés comme un groupe haineux selon le Southern Poverty Law Center. Jeudi, après avoir été maintes fois questionné sur son appel, Donald Trump a finalement déclaré : « Je condamne le Ku Klux Klan, je condamne tous les suprémacistes blancs, je condamne les Proud Boys. »

Samedi soir, le mot-clic #ProudBoys (Fiers garçons) a commencé à prendre un tout autre sens. De nombreux usagers de Twitter ont publié des photos personnelles de couples homosexuels dans une intention clairement affichée de pirater et récupérer l’appellation.

Le message envoyé par le capitaine Sullivan, qui est basé à Washington D. C., était mûrement réfléchi, « et ce n’est pas une opinion politique », tient-il à préciser, rappelant que Donald Trump a finalement condamné le groupe suprémaciste jeudi. « C’est un message à l’attention de ceux qui pourraient se demander quelle est notre position » sur la place des homosexuels dans l’armée, dit Kirk Sullivan. « C’est l’occasion de le réaffirmer. » Un autre message envoyé sur Twitter après le premier s’adresse aux militaires (« Si vous portez l’uniforme, sachez ce que cela veut dire ») et aux Canadiens (« Si vous songez à porter notre uniforme, sachez ce que cela veut dire ») en concluant par « L’amour c’est l’amour ».

Un rapport du renseignement militaire en 2018 a identifié 30 membres des Forces appartenant à des groupes haineux ou ayant déjà fait des déclarations discriminatoires ou racistes. En novembre 2019, les Forces ont indiqué que 16 de ces membres avaient été avertis, sanctionnés ou condamnés à suivre une thérapie tout en étant autorisés à garder l’uniforme. Un certain nombre d’autres cas ont été décrits comme étant en cours d’examen. En juillet dernier, de nouvelles directives ont été émises pour signifier clairement ce qui constitue une « conduite haineuse » : tout élément – mots, images ou symboles – qui encourage, justifie ou encourage la violence ou la haine contre des individus ou des groupes sont interdits.

En 2017, les Forces armées canadiennes avaient aussi marqué un coup sur Twitter en lançant un appel à la communauté LGBT à joindre leurs rangs. Le 26 juillet 2017, le président américain Donald Trump avait annoncé dans une série de messages que les personnes transgenres ne pourraient plus faire partie de l’armée américaine. Le même jour, les Forces armées canadiennes diffusaient un message dans lequel elles invitaient les Canadiens « de toutes orientations sexuelles et d’identité de genre » à s’enrôler. La photo montrait des militaires de la marine jouant de la musique lors du défilé de la fierté à Toronto en 2016.

– Avec La Presse Canadienne

Note : ce texte a été modifié de sa version originale pour préciser l’idéologie des Proud Boys