Indignation, peine et amertume : la famille et les proches de Joyce Echaquan, une femme autochtone de Manawan décédée lundi à l’hôpital de Joliette, sont accablés par le sort réservé à la mère de famille et souhaitent que justice soit rendue.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Au moins une cinquantaine de gens se tiennent devant un bungalow du boulevard Sainte-Anne à Joliette. La maison abrite le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière, non loin de l’hôpital où Joyce est morte. Venus de Chicoutimi, Roberval, Trois-Rivières et Manawan, des cousins et des parents éloignés affichent une mine éplorée.

Dans leurs yeux, de la colère et de l’amertume.

« Ce que les employées de l’hôpital ont dit à Joyce, on l’a tous entendu », lance Minic Petiquay. La différence cette fois, c’est que tout a été filmé, explique sa jeune cousine. « À Joliette, à Montréal ou ailleurs au Québec, ça ne change jamais pour nous. »

Diane Echaquan Dubé n’a pas fermé l’œil de la nuit. Faire le deuil de sa fille Joyce sera une épreuve insurmontable, confie-t-elle. Son visage se remplit de rancœur et de chagrin quand on évoque les propos racistes destinés à Joyce peu avant sa mort. « Je n’ai pas encore réussi à regarder la vidéo au complet. Quand j’ai essayé, j’ai lancé mon téléphone du bout de mes bras et il s’est cassé. Elle filmait car elle savait qu’elle était maltraitée là-bas », raconte-t-elle à La Presse la mine basse et les bras croisés.

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Diane Echaquan Dubé (au centre), la mère de la victime.

Mme Echaquan Dubé a tenté de rejoindre l’hôpital de Joliette lundi soir peu après la diffusion en direct de la vidéo pour savoir ce qui arrivait à sa fille. On a voulu la transférer, pour ensuite lui raccrocher au nez, dit-elle.

« Je veux qu’on se souvienne de Joyce. Elle a beaucoup aimé sa famille, ses sept enfants. Mais elle était aussi d’une grande force. Une force douce et tranquille. »

« Ça me fâche tellement, mais ça ne me surprend pas. On veut juste être traité comme des humains et se faire soigner comme des humains », s’insurge à son tour une cousine de la défunte, Marie-Paule Petiquay.

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De nombreux membres de la communauté atikamekw de Manawan se sont réunis dans le sous-sol du centre. On y sert pizza, café et boissons, mais l’heure n’est pas à la fête. Assis dans un coin, incapable de manger, Carol Dubé est sans mot pour décrire sa douleur. Le conjoint de Joyce Echaquan « veut que justice soit rendue ».

Sa peine est ponctuée d’incompréhension. « Elle était à l’hôpital pour un mal d’estomac. Elle demande de l’aide et elle meurt deux jours plus tard. Je ne comprends pas, je ne comprends pas », répète-t-il. Il mentionne ses sept enfants, avant de s’arrêter, la voix étranglée par l’émotion. « Ils sont sans mère », se contente-t-il d’ajouter.

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Carol Dubé, le conjoint de Joyce Echaquan, avec leur fils de sept mois Carol Junior.

À ses côtés, Carol Junior, son fils de sept mois, sourit à tout le monde et pousse de petits gémissements en cherchant les bras de son père. « On l’appelle le petit miraculé, parce qu’il est né alors que Joyce pensait ne plus pouvoir avoir d’enfants à cause de sa maladie cardiaque », explique une des cousines de Joyce Echaquan. « Maintenant, il n’a plus de maman. »

Une vigile en mémoire de Joyce Echaquan se tenait mardi soir devant l’hôpital de Joliette.

  • Vigile devant l’hôpital de Joliette pour Joyce Echaquan

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    Vigile devant l’hôpital de Joliette pour Joyce Echaquan

  • Le conjoint de Joyce Echaquan, Carol Dubé, lors de la vigile devant d’hôpital de Joliette pour Joyce Echaquan.

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    Le conjoint de Joyce Echaquan, Carol Dubé, lors de la vigile devant d’hôpital de Joliette pour Joyce Echaquan.

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  • La mère de Joyce Echaquan, Diane Echaquan Dubé, avec ses petits enfants lors de la vigile devant l’hôpital de Joliette pour Joyce Echaqua

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    La mère de Joyce Echaquan, Diane Echaquan Dubé, avec ses petits enfants lors de la vigile devant l’hôpital de Joliette pour Joyce Echaqua

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