Un an après sa tenue, Québec n’a toujours pas donné suite à la commission parlementaire sur les pesticides. Des patients persuadés d’être tombés malades après avoir manipulé ces produits chimiques dans le cadre de leur travail s’impatientent.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Afin de presser le gouvernement Legault de reconnaître la maladie de Parkinson, le lymphome non hodgkinien et le myélome multiple comme des maladies professionnelles, le groupe Victimes des pesticides du Québec a officiellement été lancé lundi.

Il s’agit d’une coalition formée d’organisations de patients comme Parkinson Québec et Myélome Canada, mais aussi d’agriculteurs malades, dont plusieurs ont livré d’émouvants témoignages en conférence de presse.

« Je n’ai pas voulu que cette maladie s’introduise en moi », a raconté Serge Boily, un applicateur de pesticides en milieu urbain qui a pulvérisé un éventail de produits durant 10 ans.

« Je dois dealer avec ça, je n’ai pas le choix, mais je ne l’accepterai pas, parce que ç’a été causé par des pesticides. Si on m’avait informé à ce moment-là que les pesticides que j’utilisais me rendraient dans une condition comme celle du Parkinson, je ne les aurais peut-être pas utilisés ces produits-là, j’aurais changé d’emploi. »

Dépôt d’un projet de loi prévu cet automne

Le ministre du Travail Jean Boulet devait annoncer une révision importante de la Loi sur les accidents de travail et les maladies professionnelles en mars. La liste des maladies date de 1985 et n’a pas été réactualisée depuis.

La pandémie est venue bousculer le calendrier parlementaire. Le dépôt du projet de loi est désormais prévu pour novembre, a indiqué l’attachée de presse du ministre, Maude Méthot-Faniel. Impossible de savoir si le Parkinson, le lymphome non hodgkinien et le myélome multiple seront inclus dans la nouvelle mouture de la loi.

En France, la maladie de Parkinson et les lymphomes non hodgkiniens sont reconnus comme des maladies professionnelles, et les agriculteurs qui en sont atteints peuvent être indemnisés.

« C’est important que le fardeau de la preuve ne soit plus sur le dos des victimes », a expliqué Romain Rigal, pharmacien et coordonnateur chez Parkinson Québec.

« Les personnes qui vivent aujourd’hui avec la maladie de Parkinson ou d’autres maladies sont effectivement impatientes de voir que leur maladie, mais également que le risque auquel ils ont été exposés toute leur vie, soit enfin reconnus, pas tant par le gouvernement que par la société québécoise », a-t-il ajouté.

Quelles suites pour la commission parlementaire ?

En septembre 2019, une commission parlementaire sur les effets des pesticides sur la santé et l’environnement s’est tenue à l’Assemblée nationale. Elle a reçu 76 mémoires dans lesquels plus de 700 recommandations avaient été proposées. Les députés membres ont entendu 26 groupes lors d’une semaine d’audiences publiques.

En février, après des mois de conflits internes sur la forme que leur rapport devait prendre, les députés ont finalement déposé 32 recommandations unanimes à l’Assemblée nationale.

Ils proposaient notamment que le ministère de la Santé et des Services sociaux réalise une étude épidémiologique sur l’impact des pesticides sur la santé ainsi que sur l’effet combiné des produits chimiques « pour clarifier la situation québécoise ». Ils proposaient ensuite que le gouvernement tienne compte des résultats de cette étude dans l’élaboration du processus de révision de la liste des maladies professionnelles.

Le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, a promis de donner suite au rapport de la commission parlementaire avec le dépôt d’un plan d’agriculture durable. Selon nos informations, Québec prévoit le rendre public en octobre.

Que dit la science ?

Environ 375 matières actives sont vendues au Québec. Elles se retrouvent dans 1200 formulations commerciales.

Plusieurs études ont démontré que l’utilisation de l’insecticide roténone, de l’herbicide paraquat ou du fongicide manèbe augmentait les risques de développer la maladie de Parkinson, une maladie neurodégénérative.

Certaines études publiées dans la littérature scientifique ont aussi trouvé une association entre l’utilisation de l’herbicide glyphosate et le risque de contracter un lymphome non hodgkinien chez les agriculteurs. D’autres, tout aussi crédibles, n’en ont trouvé aucune.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS a classé, en 2015, le glyphosate « pur » comme un agent « probablement cancérogène pour les humains », alors que Santé Canada a tranché, en 2017, qu’il était « peu probable » que le glyphosate présente un risque de cancer pour les humains.