Un syndicat porte plainte à la Commission des droits de la personne contre le programme « Travailler à la ferme : J’y vais sur-le-champ ! »

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

La prime hebdomadaire de 100 $ que Québec verse aux travailleurs agricoles pendant la pandémie est « injuste » et « discriminatoire », car elle n’est accordée qu’aux employés rémunérés au salaire minimum, pas un cent de plus.

C’est ce que plaident les Travailleurs et Travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), dans une plainte déposée jeudi à la Commission des droits de la personne contre le programme d’aide financière « Travailler à la ferme : J’y vais sur-le-champ ! ».

Le syndicat porte plainte au nom de ses 458 travailleurs employés dans 13 serres appartenant à différentes entreprises comme Sagami-Savoura, les Serres Demers et Hydroserre Mirabel.

La vaste majorité d’entre eux sont des travailleurs étrangers temporaires. Parce qu’ils gagnent davantage que le salaire minimum, fixé à 13,10 $/h, 177 d’entre eux n’ont pas droit à la prime du gouvernement. Or, dans plusieurs cas, ils ne sont rémunérés que quelques cents de plus.

C’est notamment le cas aux deux Serres Demers situées à Saint-Nicéphore, où le taux horaire négocié est de 13,17 $. L’ensemble des 106 travailleurs syndiqués sont donc exclus du programme.

En revanche, les salariés nouvellement embauchés au sein de l’entreprise doivent compléter une période de probation de 650 heures au salaire minimum.

« [Cela leur accorde] ainsi le droit à I’incitatif agricole gouvernemental qui leur procurera, en bout de piste, une rémunération bien [supérieure à celle de] leurs confrères de travail expérimentés, mais qui, pourtant, recevront, à la même période, 13,17 $ I’heure. En plus de créer une disparité de traitement importante, le programme, dans son application, entraîne une injustice au sein des travailleurs agricoles syndiqués que nous n’hésitons pas à qualifier de discriminatoire », peut-on lire dans la plainte obtenue par La Presse.

« On a besoin de bras »

« On a besoin de bras. » Voilà le vibrant appel lancé par le premier ministre François Legault à la mi-avril afin d’encourager les Québécois à remplacer les travailleurs agricoles étrangers durant la pandémie. Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a ainsi débloqué 45 millions pour verser des primes de 100 $ par semaine à ceux qui iraient prêter main-forte aux agriculteurs.

Intitulée « Travailler à la ferme : J’y vais sur-le-champ ! », la campagne menée en partenariat avec l’Union des producteurs agricoles (UPA) visait à recruter des volontaires québécois dans les champs à une époque où la venue des travailleurs saisonniers mexicains et guatémaltèques était très incertaine.

La prime était aussi accordée aux travailleurs étrangers temporaires et aux employés permanents des fermes.

« Dès le départ, le programme a été mis en place dans un objectif d’équité et de non-discrimination. C’est la raison pour laquelle il est accessible tant aux travailleurs québécois qu’aux travailleurs étrangers temporaires. En fait, tous les travailleurs qui sont payés au salaire minimum », a réagi Patrice Juneau, porte-parole de l’UPA, le syndicat qui représente les 41 000 producteurs agricoles du Québec.

Au cabinet du ministre de l’Agriculture André Lamontagne, on n’a pas souhaité commenter le dépôt de la plainte.

Environ 7000 travailleurs étrangers agricoles, 1200 employés québécois et un peu plus de 1000 « volontaires » se sont officiellement inscrits au programme, qui prendra fin le 31 octobre.