Vous verrez et entendrez beaucoup Régis Labeaume dans les médias au cours des prochains jours. Pourquoi une telle agitation ? Pourquoi le coloré maire de Québec sent-il le besoin de chauffer le poêle ?

Mario Girard
Mario Girard La Presse

La raison est évidemment liée à son fameux de projet de tramway, qui, depuis son lancement officiel au printemps 2018, est une véritable course de haies. Régis Labeaume a jugé que le moment était venu de ramener ce débat dans l’espace public.

« On avait une campagne de promotion qui devait être lancée en mai, m’a-t-il confié mardi lors d’un entretien téléphonique. Pas besoin de vous dire que ça n’a pas marché. Pour ce qui est du gouvernement, disons que la principale préoccupation de François Legault, en se levant le matin, c’était de voir combien il y avait de morts au Québec. On comprend ça. Mais là, les gens veulent nous entendre là-dessus. »

PHOTO ERICK LABBÉ, LE SOLEIL

Régis Labeaume, maire de Québec

Cet ambitieux projet de tramway évalué à 3,3 milliards de dollars (1,8 milliard de Québec, 1,2 milliard d’Ottawa et 300 millions de la Ville de Québec), Régis Labeaume y tient plus que tout. Malgré un effritement de l’appui de ses citoyens, des récriminations répétées de certains animateurs de radio et de nombreux changements apportés au projet, la création d’un tramway reliant l’ouest de la ville, Sainte-Foy, la colline Parlementaire, le centre-ville, Limoilou et Charlesbourg est primordiale.

« Il faut le faire, car le trafic va devenir infernal à Québec dans quelques années. On va devenir comme Montréal. Avec tout le respect que j’ai pour les Montréalais, on ne veut pas devenir comme vous autres. Je ne sais pas si vous êtes venu chez nous récemment, mais ça marche nos affaires, ici. »

Il a raison de dire ça. Québec est en ébullition. Chaque séjour nous permet de prendre le pouls de la chose. Le projet de la promenade Samuel-De Champlain, pour ne nommer que celui-là, est une grande et belle réussite.

Régis Labeaume croit que pour faire face au défi de la circulation à Québec, il faudrait se doter d’un « nouveau boulevard Charest et d’un nouveau boulevard Laurier ». Et cela lui apparaît impossible. « On se dirige tout droit vers un mur, dit-il. Les gens ne le croient pas, mais c’est cela. Pourquoi les villes de 500 000 habitants et plus ont toutes des projets structurants et, nous, on n’en a pas ? »

Le problème que rencontre le projet de tramway du maire Labeaume, c’est qu’il côtoie celui du troisième lien qui unira Lévis et Québec par un tunnel routier. Le mariage entre ces deux mégaprojets est difficile. Plusieurs voix se sont élevées récemment pour réclamer la fusion des deux bureaux de projet.

« L’un des problèmes, c’est qu’il y a encore des gens qui pensent que l’on peut avoir un métro, reprend Labeaume. Le gouvernement garde les citoyens une patte en l’air avec ça. Le gouvernement a promis un troisième lien. Les élus de la CAQ de la région de Québec ont été élus là-dessus. Nous, on est prêts avec notre tramway, mais le gouvernement essaye de nous gérer pour gagner du temps avec le troisième lien. »

Avec quoi exploiterait-on ce troisième lien ? Des autobus électriques ? Un train léger ? Je demande à Régis Labeaume quelle est sa vision de ce projet. « Mon cher monsieur, je vais vous renvoyer au ministère des Transports, moi, je gère ma bâtisse. »

Quand je dis que le mariage est difficile.

En attendant, l’Assemblée nationale est en attente d’un rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et d’une étude d’achalandage du ministère des Transports avant de reconfirmer son soutien au projet de tramway.

ILLUSTRATION FOURNIE PAR LA VILLE DE QUÉBEC

Le projet de tramway

Le rapport du BAPE devrait être prêt autour 5 novembre. Nous serons donc à un an des élections municipales du 7 novembre 2021. Cela voudrait-il dire qu’un processus référendaire serait intégré aux prochaines élections municipales de Québec. Certains l’envisagent déjà.

Québec 21, l’opposition officielle à Québec, martèle qu’un référendum sur la question d’un tramway est indispensable. Dans ce cas, ce scrutin reposerait entièrement sur cet enjeu. Un peu comme la question des transports collectifs et de la mobilité risque d’être un thème majeur des prochaines élections montréalaises.

Le spectre d’un référendum ne fait pas peur à Régis Labeaume. « L’appel de proposition sera déjà parti, lâche-t-il. Le parti qui va dire qu’il annule ce projet va causer un chaos. »

Voyant l’ardeur que Régis Labeaume met à défendre son projet de tramway, je lui demande : alors, cela veut dire que vous confirmez votre retour en novembre 2021 ? Après un grand éclat de rire, il me dit : « Ça va être ma cinquième élection, j’ai envie de faire preuve de stratégie. »

Est-ce qu’après 14 ans à la mairie de Québec, quelques grands coups, quelques revers aussi, celui qui a combattu un cancer en 2019 aurait envie de jeter l’éponge ? J’avoue que cette entrevue m’en a parfois donné l’impression. Un moment donné, il a eu cette phrase :

Je ne suis plus à la mode. J’ai 64 ans. Ce n’est pas moi qui vais diriger la ville dans quelques années. Ça va être des jeunes qui pensent autrement et qui veulent des projets comme celui-là qui seront en place. Et c’est très bien ainsi.

Régis Labeaume, maire de Québec

Quand je suis revenu à la charge avec ce sujet, il a fait une fanfaronnade typiquement labeaumienne. « Le Kremlin émet un communiqué pour dire qu’il n’a rien à dire là-dessus. »

Finalement, votre stratégie a comme but de faire monter le désir, à la manière de votre ami Denis Coderre ? lui ai-je balancé. « Elle est bonne ! Sauf qu’on ne parle pas du même désir. »

Régis Labeaume prépare-t-il une sortie flamboyante en s’assurant de laisser un dernier legs à la ville de Québec ? Ou est-ce là un autre coup de poker comme les politiciens de sa trempe en sont capables ?

Avec ou sans Régis Labeaume, ce projet structurant devra se faire. Et pour cela, un mariage forcé avec celui du troisième lien m’apparaît incontournable. Dans ce cas, le maire de Québec devra faire preuve de sagesse et de patience. Je ne crois pas qu’après quatre mandats, ce sont là ses plus grandes vertus.