Les Québécois sont plus nombreux qu’auparavant à s’inquiéter pour le français et à s’identifier d’abord à leur province, malgré une adhésion à la souveraineté en berne, selon un nouveau sondage. L’étude, réalisée auprès de plus de 5000 Canadiens, dont 1500 Québécois, suggère qu’un changement générationnel important s’est opéré depuis le dernier référendum sur l’indépendance, il y a 25 ans.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Inquiétude en hausse

En 2020, 67 % des francophones de la province se disent exclusivement ou d’abord Québécois, une donnée en hausse marquée par rapport aux 57 % qui affirmaient la même chose en 2003, selon une étude de l’Institut Environics réalisée en collaboration avec plusieurs groupes universitaires. Seulement 13 % du même groupe se disent Canadiens d’abord, une donnée en chute libre par rapport à la situation qui prévalait il y a 17 ans. L’inquiétude quant à l’avenir du français a augmenté de la même manière, passant de 52 % des répondants inquiets en 2003 à 63 % maintenant.

« L’axe du débat a changé »

Selon Andrew Parkin, directeur de l’Institut Environics, ces changements s’expliquent par le fait que la génération qui précédait les baby-boomers est graduellement remplacée par ces derniers dans le haut de l’échelle démographique. Or, ceux qui étaient déjà à la retraite lors du référendum de 1995 (parfois regroupés sous le nom de « génération silencieuse ») avaient tendance à être beaucoup plus fédéralistes que leurs cadets et à se voir comme Canadiens français plutôt que Québécois. Les jeunes entrés dans l’électorat depuis n’ont pas le même attachement viscéral à l’unité nationale. « L’axe du débat a changé », a-t-il dit en entrevue téléphonique. « Les plus jeunes ne sont pas marqués par cette polarisation. […] Ces jeunes sont devenus adultes dans un environnement post-référendaire. »

Des baby-boomers nationalistes

Les baby-boomers, qui ont maintenant l’âge d’être grands-parents, demeurent beaucoup plus nationalistes que la population générale, montre le sondage. Les 55 ans et plus sont ainsi plus de deux fois plus enclins que les 18-39 ans à affirmer que le gouvernement du Québec représente le plus adéquatement leurs intérêts (65 % contre 31 %), suggère l’étude. En matière d’immigration, le fossé est encore plus important, alors que les jeunes font d’abord confiance à Ottawa pour gérer cet enjeu (30 %), alors que les 55 ans et plus se rallient d’abord derrière Québec (38 %).

La péréquation toujours solide

Sur le plan canadien, l’étude montre un soutien stable envers la péréquation par rapport à l’an dernier, avec trois répondants sur quatre qui appuient le principe. Les partisans du programme se trouvent surtout au Québec et dans les Maritimes, alors que c’est en Alberta que l’idée est la moins populaire. Par ailleurs, une pluralité de Canadiens qui ne vivent pas au Québec seraient en faveur de programmes nationaux d’assurance médicaments, d’immigration et de lutte contre les changements climatiques, suggère le sondage. Dans la Belle Province, seul un programme pancanadien de lutte contre les changements climatiques recueillerait une pluralité d’appuis.

Méthodologie

Le sondage a été mené par l’Environics Institute for Survey Research en collaboration avec l’Institut de recherche en politiques publiques, la Canada West Foundation, le Centre d’analyse politique sur la Constitution et le fédéralisme et l’Institut sur la gouvernance Brian Mulroney. Plus de 5100 Canadiens ont été sondés sur l’internet au début de l’année 2020, dont environ 1500 au Québec.