La fin de semaine a été meurtrière sur les routes du Québec, surtout pour les motocyclistes. Au moins sept conducteurs de moto sont morts dans un accident, dont plus de la moitié a été causée par l’inattention ou le manque de vigilance du conducteur d’un autre véhicule.

Audrey Ruel-Manseau
Audrey Ruel-Manseau La Presse

L’un a effectué un demi-tour, un autre a été distrait, deux ont coupé la route à des motocyclistes en s’engageant sur une route régionale. Cinq des sept accidents de motocyclette survenus durant la fin de semaine impliquaient un autre véhicule. Dans tous les cas sauf un, c’est l’autre conducteur qui aurait causé la collision, selon les premiers éléments d’enquête.

« On le sait, une moto, c’est plus petit, moins visible. On en est conscients. Mais les automobilistes doivent être conscients qu’une voiture, c’est comme une arme chargée. Un moindre moment d’inattention et tu peux tuer quelqu’un ! », soulève Jean-Philippe Tremblay, administrateur au Comité d’action politique motocycliste (CAPM), président de l’Association motocycliste de l’Outaouais (AMO) et assistant-instructeur à l’école de moto hors route Académie Ridaventure.

En voiture, tu es dans une cage, un habitacle de sécurité. Pour sortir gravement blessé d’un accident, il faut que ça fesse fort. En moto, il suffit de quelqu’un qui te coupe et tu es entre la vie et la mort.

Jean-Philippe Tremblay, administrateur au CAPM, président de l’AMO et assistant-instructeur à l’Académie Ridaventure

« En fin de semaine, c’est épeurant. Admettons que c’est cinq pertes de contrôle, de la témérité, de la vitesse, tu te dis qu’il a peut-être couru après le risque. Mais un week-end comme ça, que les automobilistes soient en tort, il y a une prise de conscience qui doit se faire », s’inquiète M. Tremblay.

Le problème ne date pas d’hier. Dans une analyse exhaustive de plus de 500 rapports de coroners réalisée l’été dernier, La Presse avait remarqué que plus de la moitié des accidents mortels de motocyclette entre 2008 et 2018 étaient dus à une collision, le plus souvent avec une voiture. Parmi ces accidents, dans six cas sur dix, c’est le conducteur du véhicule à quatre roues qui en était responsable, en totalité ou en partie. Des données auxquelles s’ajouteront les événements du week-end dernier.

(Re)lisez l’enquête 

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Série noire

Le funeste week-end a commencé vendredi après-midi à Windsor, en Estrie, quand un véhicule a embouti une moto en lui coupant le chemin. Le véhicule était sur le 11e Rang et le conducteur s’est engagé dans l’intersection sans noter la présence de la motocyclette, qui circulait sur la route 249. Le motocycliste de 25 ans, François Croteau, est mort.

Vers 18 h, le conducteur d’une camionnette a dévié de sa voie sur le chemin du Grand Bernier, à Saint-Jean-sur-Richelieu, et il a embouti une motocyclette qui circulait en sens inverse. Son moment d’inattention a coûté la vie à un motocycliste de 63 ans.

Environ au même moment, un autre accident impliquant un véhicule et une moto se produisait sur la route 125 à Rawdon, dans Lanaudière. Un véhicule qui circulait devant une motocyclette a effectué un demi-tour. Le motocycliste de 45 ans, Jérôme Harpin, a tenté d’effectuer une manœuvre pour éviter le véhicule et a été éjecté de sa moto, a rapporté la Sûreté du Québec.

En soirée, à Saint-Nazaire-d’Acton, en Montérégie, la conductrice d’un camion-remorque a voulu traverser une intersection et n’aurait pas vu trois motos qui circulaient sur le rang Brodeur. Elle leur a coupé le chemin. Le premier motocycliste, Éric Tremblay, 52 ans, s’est écrasé contre le camion et a subi des blessures mortelles. La deuxième motocycliste a perdu la maîtrise de son véhicule et a été blessée, tandis que le troisième a pu s’immobiliser à temps.

Prendre ses responsabilités

Dans tous les cas, il faudra attendre l’enquête et le rapport du coroner pour connaître les circonstances exactes de ces accidents mortels. D’ici là, Jean-Philippe Tremblay espère qu’ils servent de leçon aux usagers de la route, y compris les motocyclistes.

Plusieurs motocyclistes portent le minimum de protection : un casque qui ressemble plus à un bol à soupe qu’autre chose, des sandales, une camisole… J’espère que les motocyclistes vont comprendre le danger et se donner le maximum de chances, en portant l’équipement et en étant le plus visibles possible.

Jean-Philippe Tremblay, administrateur au CAPM, président de l’AMO et assistant-instructeur à l’Académie Ridaventure

« Quand tu t’assois sur une moto, c’est une job à temps plein. Le fameux concept de liberté est totalement faux. La seule liberté, c’est ta destination. Entre le point A et le point B, tous tes sens doivent être à 100 % et tu dois être à l’affût de tout ce qui est autour. Si tu penses à autre chose que ta sécurité, tu ne te rends pas à destination. »

En fin de semaine, sept personnes ne se sont pas rendues au point B. Dans la série noire qui s’est poursuivie samedi soir à Franquelin, sur la Côte-Nord, et l’autre à Potton, en Estrie, deux jeunes motocyclistes ont perdu la vie. Dans les deux cas, aucun autre véhicule n’était impliqué. À Franquelin, Francis Tremblay-Rondeau, 24 ans, conduisait une moto hors route dans un sentier. Il a voulu se diriger vers une sablière, mais une chaîne bloquait l’accès et il a fait une embardée mortelle. Le motocycliste de Potton, Tristan Woodard, 22 ans, a perdu la maîtrise de son bolide à une intersection et il a foncé dans un immeuble de logements. Vendredi après-midi, un jeune homme dans la vingtaine qui faisait du motocross dans un sentier de la ZEC Mazana, dans les Laurentides, a fait un face-à-face avec une camionnette qui circulait en sens inverse. L’enquête permettra de déterminer si les deux véhicules étaient permis dans le sentier, la Sûreté du Québec n’étant pas en mesure de confirmer cette information dimanche soir.