(Ottawa) Les conservateurs fédéraux demandent que le Commissariat au lobbying ouvre une enquête sur l’attribution d’un contrat pour administrer le programme d’aide au loyer commercial. C’est une entreprise pour laquelle travaille le mari de la chef de cabinet de Justin Trudeau qui aurait été mandatée dans ce dossier.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Ça nous rappelle le scandale WE Charity », a dénoncé le député de Carleton, Pierre Poilievre, dans une conférence de presse dimanche. Selon lui, Ottawa démontre encore une fois sa propension à « favoriser des organismes privés avec des liens au gouvernement, plutôt que de choisir des programmes simples qui livrent directement les bénéfices aux Canadiens ».

Samedi, une enquête du National Post révélait que la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) avait versé jusqu’à 84 millions à l’entreprise MCAP, dont le vice-président est Robert Silver. Ce dernier est le mari de Katie Telford, chef de cabinet de Justin Trudeau.

Dans le reportage, le cabinet du premier ministre se justifie en affirmant que Mme Telford « n’a participé à aucune discussion relative à MCAP ». La principale intéressée se serait même volontairement distanciée pour « s’assurer qu’elle n’est pas exposée à un conflit d’intérêts réel ou perçu », y soutient l’attaché de presse Alex Wellstead.

L’explication ne satisfait toutefois en rien les troupes conservatrices. « Nous revendiquons que le Comité des finances tienne des séances pour apprendre comment ce contrat et cette décision a été livrée », martèle M. Poilievre, en demandant également que le commissaire au lobbyisme vérifie si un représentant de MCAP s’est inscrit au Registre des lobbyistes.

Pourquoi pas l’ARC ?

Aux yeux des conservateurs, il est aussi pour le moins curieux qu’Ottawa n’ait pas plutôt confié le programme d’aide au loyer commercial à l’Agence du revenu du Canada (ARC). Celle-ci « avait déjà établi des subventions salariales et aurait pu simplement ajouter cette tâche à ses responsabilités », affirme le conservateur.

Il dénonce du même coup que l’aide d’urgence pour le loyer commercial n’ait finalement soutenu que très peu de commerçants. Il cite notamment les données de l’Association des entreprises indépendantes (AEI), selon laquelle à peine 15 % des commerçants locataires ont bénéficié du programme fédéral. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) abonde aussi dans le même sens.

On a pensé que c’était l’incompétence gouvernementale qui a causé cet échec, mais non. Ce qu’on apprend, c’est qu’il y avait d’autres motivations, que le gouvernement a peut-être pensé à avantager certaines personnes en créant un système aussi complexe.

Pierre Poilievre, député conservateur de Carleton

Les libéraux remettent des documents réclamés

Plus tôt cette fin de semaine, le gouvernement fédéral a remis des milliers de pages de documents liés à la controverse WE Charity (UNIS en français) au Comité permanent des finances de la Chambre des communes.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau avait présenté des excuses il y a quelques semaines pour ne pas s’être récusé des discussions au Conseil des ministres sur l’entente avec WE Charity.

Des avocats examineront dans les prochains jours ces documents, afin d’y retirer tout renseignement personnel ou toute délibération secrète du Conseil des ministres. Le président du Comité, le député libéral Wayne Easter, a affirmé que les documents seront disponibles au cours des prochains jours.

« Les gens se posent beaucoup de questions, a quant à lui indiqué le porte-parole néo-démocrate en finances, Peter Julian. Il y a eu beaucoup de contradictions dans les témoignages. Les documents pourront plus nous révéler la vérité. »

M. Trudeau et son ministre des Finances, Bill Morneau, avaient présenté des excuses il y a quelques semaines pour ne pas s’être récusés des discussions au Conseil des ministres sur l’entente avec WE Charity, en raison des relations entre des membres de leur famille et l’organisme. Ils ont cependant nié avoir commis tout acte répréhensible.

– Avec La Presse canadienne