Le chemin de Jaycie Dalson vers une faculté de médecine a commencé par des doutes sur son appartenance.

Camille Bains
La Presse canadienne

Quand elle était étudiante de première année de sciences biomédicales, à l’Université d’Ottawa, elle a vu les photos des finissants d’un prestigieux programme auquel elle voulait s’inscrire. Dans la mer des visages souriants, un seul ressemblait au sien.

« N’avoir qu’un Noir sur 270 étudiants, ce n’est pas bon signe », dit Mme Dalson, aujourd’hui âgée de 21 ans, à propos de la faculté de médecine de l’Université de Toronto.

Elle a tout de même tenu bon. Quand elle a postulé à la faculté dans le cadre du Black Student Application Program, elle a été acceptée, tout comme 25 autres étudiants noirs. Il s’agit du plus fort contingent depuis la création de ce programme en 2017.

Si les exigences universitaires demeurent les mêmes pour tout le monde, ce programme a recours à des examinateurs et des intervieweurs noirs pour vérifier les réalisations et les essais de 250 mots des candidats, explique une porte-parole de la faculté.

Deux autres facultés de médecine, sur les 17 que compte le pays, ont lancé un processus d’admission visant particulièrement les étudiants noirs à partir de cette année : l’Université de l’Alberta et l’Université de Calgary.

Selon le directeur des admissions de la faculté de médecine de l’Université de Calgary, Remo Panaccione, l’arrivée de ces réviseurs noirs ou de couleur vise empêcher tout « biais conscient ou inconscient ».

« La création de ce processus n’est qu’une étape dans la bonne direction dans le cadre de notre engagement en faveur de la lutte contre le racisme et l’équité », dit-il.

Un plus grand nombre de médecins noirs sera une bonne nouvelle nouvelle pour les patients noirs, au dire de M. Panaccione.

« Selon la recherche, les patients noirs souffrent d’une mauvaise qualité des soins à cause du manque de médecins noirs. Notre obligation première, en tant que faculté de médecine, est de répondre aux besoins de la population que nous servons. Cela ne peut être réalisé que si notre corps étudiant reflète la diversité de la population. »

La faculté reçoit annuellement environ 1700 demandes d’admission. Environ 150 recevront une réponse positive, mentionne M. Panaccione. La concurrence est rude parce que le financement pour en accueillir plus fait défaut.

Les facultés de médecine ont commencé à se rendre compte de la nécessité d’une plus grande diversité au cours de la dernière décennie. On a accepté des étudiants issus de milieux défavorisés, ruraux et raciaux plutôt que la cohorte habituelle des candidats riches, la plupart du temps blancs, qui avaient la chance de pouvoir engager des tuteurs pour les aider à se préparer au test d’admission CASPer.

« Certaines facultés évaluent des caractéristiques comme l’empathie, le travail d’équipe et le militantisme. Elles ont également toutes créé ce genre de processus d’admission pour les étudiants autochtones également », fait savoir M. Panaccione.

Manque de données

Selon le président de l’Association des étudiants noirs en médecine du Canada, Gbolahan Olarewaju, les facultés de médecine devraient collecter des données raciales sur les candidats à l’admission, pas seulement sur ceux qui sont admis. Il croit que cela pourrait contribuer à éliminer les obstacles à la diversité.

Étudiant de deuxième année à l’Université de la Colombie-Britannique, il signale qu’il est le seul noir parmi les 288 étudiants de sa promotion.

« On essaie d’éviter ce genre de problème en évoquant une sorte de concept d’un monde sans race, mais si on ne collecte pas certaines de ces données essentielles, il est difficile de savoir où est le problème », a-t-il déclaré.

La présidente de l’Association des facultés de médecine du Canada, Geneviève Moineau, signale que dans le cadre d’un projet-pilote, huit facultés demandent aux candidats à l’admission de fournir des informations sur leur appartenance ethnique, leur statut socio-économique et leur état de santé.

L’association lancera également un sondage auprès de tous les candidats dans facultés de médecine, qu’ils soient admis ou non, pour leur demander des informations détaillées sur leurs antécédents, la scolarité des parents et leur statut au Canada,

« Nous reconnaissons que sans un bassin de candidats diversifié, nous ne pourrons créer une promotion diversifiée. Nous voulons nous assurer de la diversité et de l’équité dès la mise en candidature. »

La Dre Marjorie Dixon est une spécialiste de la fertilité de Toronto. Tout au long de sa longue formation universitaire, ses collègues noirs étaient peu nombreux.

Selon elle, il est grand temps que les universités commencent à reconnaître les avantages d’avoir des étudiants en médecine noirs qui comprendraient mieux les défis sociaux et sanitaires auxquels sont confrontées des populations noires.

« Nous devons redresser les torts systémiques du passé et proposer des changements fermes et artificiels maintenant et ne pas nous en excuser. Le système devrait se montrer désolé de ne pas avoir mis en place des processus pour corriger les torts du passé plus tôt. »

Tout au long de son passage universitaire, elle a entendu plusieurs de ses collègues ou d’autres personnes mettre en doute son admission à la faculté de médecin, malgré ses excellents résultats scolaires.

« Quand j’étais plus jeune, on me disait que j’étais entrée à la faculté de médecine à cause d’un quota. On me demande tout le temps où j’ai obtenu mon diplôme. C’est une inquisition. »