La saga WE Charity (UNIS en français) fait couler beaucoup d’encre depuis quelques semaines au Canada, alors que le gouvernement Trudeau est critiqué avec véhémence pour ses liens étroits avec le groupe caritatif. Au Québec, cet organisme est toutefois très peu connu. En voici un bref historique, en cinq questions.

Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Qui sont ses fondateurs ?

Il s’agit de Craig et Marc Kielburger, deux frères nés dans la ville de Thornhill, en Ontario. Ils sont respectivement âgés de 37 et 42 ans. Ils ont tous deux été nommés membres de l’Ordre du Canada par le gouverneur général, en 2008 et 2010.

Quel est leur rôle ?

Craig est considéré comme le visage public de l’organisation. Son implication comme militant remonte à des années. En 1995, alors qu’il était en voyage humanitaire en Asie, il s’était notamment fait connaître pour avoir imploré le premier ministre de l’époque, Jean Chrétien, qui était de passage en Inde, d’aborder d’urgence la question des conditions précaires des enfants travailleurs. Certains le surnomment aujourd’hui le « Greta Thunberg des années 90 ».

Marc est spécialisé dans les questions de droit de la personne. Il gère davantage les affaires générales de l’organisation. Son engagement social n’en est pas pour autant moins important. Diplômé de Harvard, il est notamment connu pour avoir lancé une campagne contre l’usage de produits nettoyants chimiques en 1990, alors qu’il n’avait que 13 ans.

Quelle est la mission de l’organisme et qui aide-t-il ?

PHOTO CHRIS YOUNG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

WE Charity propose notamment aux jeunes des ateliers sur la santé et l’alimentation.

C’est en 1995 que les frères Kielburger fondent l’organisme Free the Children, qui deviendra plus tard le mouvement WE Charity, avec comme objectif de mettre sur pied des programmes de développement pour les jeunes. Ses champs d’action sont multiples et touchent la santé, l’alimentation, l’économie et l’accès à l’eau potable, notamment, selon le site web de l’organisme.

Construction d’écoles et d’infrastructures hydriques ou aide humanitaire : l’organisation multiplie depuis les projets dans le monde. Elle est aujourd’hui active au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni, faisant notamment la promotion de l’engagement citoyen, mais aussi en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Quelle est la structure de l’organisme ?

PHOTO NATHAN DENETTE, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

En 2017, le prince Harry a participé à un WE Day, à Toronto.

WE Charity fonctionne selon un modèle moderne en matière de philanthropie. Son entreprise sociale, ME to WE, finance en grande partie la fondation, en lui versant une bonne partie de ses profits chaque année, selon le site web de l’organisme.

Les WE Villages, modèle de développement ayant pour but de « transformer » les communautés marginalisées, sont déjà bien implantés dans plusieurs pays, par exemple au Kenya, en Éthiopie, au Nicaragua, en Chine ou en Tanzanie.

Au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni, le groupe propose aussi des WE Schools, dont le but est de sensibiliser les jeunes à l’importance de l’engagement humanitaire.

Enfin, les WE Days consistent en une série d’évènements d’envergure qui font la promotion de la force des jeunes s’impliquant dans leur collectivité. En 2009, à Vancouver, le Dalaï-Lama avait notamment participé à l’une de ces journées.

Qu’est-ce qui pose problème ?

Le cœur de la controverse, dans ce dossier, est que le gouvernement Trudeau a mandaté l’organisme pour gérer, à lui seul, un programme de bénévolat étudiant de 900 millions de dollars.

Peu après, des reportages ont révélé que des liens de proximité unissaient la famille Trudeau aux frères Kielburger, dont l’organisme s’est vu attribuer 19,5 millions pour gérer ce programme. La mère et le frère de Justin Trudeau – Margaret et Alexandre – ont notamment été payés pour assister à des évènements caritatifs. Une situation qui place le chef libéral en situation de conflit d’intérêts.

Devant la controverse, WE Charity s’est donc retiré comme gestionnaire du programme début juillet. Peu après, Justin Trudeau a présenté ses excuses, affirmant qu’il n’aurait jamais dû être impliqué dans cette affaire. Le commissaire aux conflits d'intérêts et à l’éthique a depuis ouvert une enquête sur le sujet.

Mercredi, le ministre des Finances, Bill Morneau, a ajouté une couche de plus au scandale en annonçant avoir envoyé à WE Charity un chèque de 41 366 $ pour rembourser des dépenses encourues lors de deux voyages organisés par l’organisation.