Les temps sont durs pour certains ménages : ils sont plus de 250 à continuer de se chercher un logement dans le Grand Montréal, alors qu’en temps normal, la pénurie de logements se résorbe tranquillement après le 1er juillet.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

La période critique durant laquelle de nombreux ménages cherchent un logement s’étire en effet depuis le début de juillet, contrairement aux années précédentes. D’après le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), plus de 250 ménages sont actuellement sans logis dans la Communauté métropolitaine de Montréal, soit 193 à Montréal, 35 à Laval, 20 à Longueuil et 15 dans les environs de Châteauguay.

« La situation n’a pas beaucoup bougé au cours du mois. Ça traduit la rareté du logement et la difficulté de s’en trouver un pour certains ménages », explique Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU.

Le directeur général de l’Office municipal d’habitation de Châteauguay, Bertrand Loiselle, indique qu’un service d’aide local a été mis sur pied cette année dans la MRC de Roussillon puisque la situation était particulièrement préoccupante. Depuis le 11 juin, il a reçu une soixantaine d’appels, et 15 ménages cherchent toujours. Selon M. Loiselle, les trois quarts des personnes qui demandent de l’aide et peinent à trouver un logement sont des femmes. « Malheureusement, on remarque qu’elles sont les grandes perdantes. Pourquoi ? Je crois qu’elles sont plus pauvres, souvent monoparentales et isolées. »

Pour aider ces gens, le service local d’aide de la MRC leur offre de payer une partie des frais d’une chambre d’hôtel le temps qu’ils trouvent un logement. Il peut également les accompagner dans leurs recherches. « Ça reste de l’aide d’urgence, mais ça ne règle pas le problème de fond. Il faut que le gouvernement crée plus de logements sociaux pour augmenter la qualité de vie de bien des gens, surtout de femmes », estime Bertrand Loiselle.

Parmi ceux que la MRC de Roussillon aide, il y a Marie-France Simard, qui doit vivre dans ses valises, chez sa « belle-sœur », depuis le 27 juin. Même si elle cherche activement un logement dans les environs de Saint-Constant, les propriétaires ne la choisissent jamais, notamment parce qu’ils lui disent qu’elle a un « mauvais crédit », avance-t-elle. « Et pourtant, j’ai toujours payé mon loyer ! »

Je ne pensais pas que c’était difficile comme ça, se trouver un logement en ce moment ! Je suis allée en visiter un autre hier [dimanche]. Le propriétaire m’a dit que 12 personnes étaient intéressées et qu’il va regarder nos crédits. Je ne m’attends pas à ce qu’il me choisisse. J’espère trouver avant l’hiver…

Marie-France Simard, qui travaille à Brossard

La porte-parole du FRAPRU le répète : « Le marché privé ne veut pas de certains ménages, comme les femmes monoparentales, ceux à faible revenu ou ceux qui n’ont pas un bon crédit », avance Véronique Laflamme. « C’est pour ça qu’il faut des solutions à moyen terme, comme plus de logements sociaux. »

Du côté de Longueuil, le Comité logement Rive-Sud avait aidé une vingtaine de ménages en 2019, selon le directeur général, Marco Monzon. « Je croyais que cette année, avec la crise du logement, ce serait le double. Eh bien, je me suis trompé : c’est le triple qu’on a aidés [une soixantaine de ménages] ! » Une vingtaine de ménages cherchent toujours. « C’est une tragédie, ce qu’ils vivent ! », lance M. Monzon.

Lui aussi croit que la solution se trouve dans la construction par le gouvernement de logements sociaux, dont la demande est « énorme » actuellement. « Avant la pandémie, il y avait plus de 2000 ménages en attente d’un logement social à Longueuil », explique M. Monzon. Selon lui, les femmes avec enfants et les nouveaux arrivants sont victimes de « discrimination » de certains propriétaires, et les logements sociaux pourraient leur venir en aide.