Isabelle Brais, diplômée en communication et femme d’affaires mariée au premier ministre François Legault, aimerait voir naître au Québec, avec raison, un « mouvement d’hommes qui s’insurgent ».

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

« Je veux entendre les hommes », m’a-t-elle dit en entrevue mardi, jointe au téléphone après la publication sur Instagram d’un court texte où, de façon inhabituelle, elle prend position sur une question d’actualité – la nouvelle vague québécoise de #metoo – et enjoint à « ceux qui sont des chevaliers, des princes, des gentlemen… Vous qui traitez les femmes avec respect et qui les aimez véritablement… » de prendre la parole publiquement pour dénoncer les gestes inacceptables faits par d’autres hommes.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Isabelle Brais, femme du premier ministre du Québec, François Legault

« J’ai tellement envie de vous entendre vous insurger contre les agissements de vos frères déviants, a-t-elle aussi écrit. Ceux-là mêmes qui salissent votre réputation et qui vous embarquent dans leur bateau de merde… ! Je déteste ce que j’apprends ces temps-ci… »

Les gars, les cool, les gentils, les respectueux, les sensés : elle vous tend le micro.

« Ce que je voulais exprimer, surtout, confie-t-elle, c’est qu’on a envie de les entendre dire : “Ça va faire.” »

Généralement plutôt dans l’ombre, Isabelle Brais a été particulièrement interpellée par la série de révélations choquantes et inacceptables concernant le comportement déplacé, envers les femmes surtout et à caractère sexuel, de plusieurs personnalités publiques et privées.

Depuis deux semaines environ, on n’arrête pas d’entendre parler d’histoires qui font dresser les cheveux sur la tête, que ce soit dans des milieux de travail comme Ubisoft ou dans des évènements privés où des personnalités publiques ont abusé du pouvoir de leur statut de célébrité pour faire des gestes qui n’ont juste pas d’allure.

Ce qui a fait « tilter » Isabelle Brais ? Une histoire récente particulièrement intolérable, maintenant connue de tous et que je n’ai pas envie de relater ici encore. Un truc qui se passait dans les bars. Avec un autre gars.

N’y avait-il pas, demande-t-elle, d’autres hommes dans la salle pour lui dire que ça n’avait pas d’allure ?

Pourquoi se taisent-ils ?

Pourquoi n’ont-ils pas le courage, l’audace bien placée, de dire à leurs pairs : « Non, ne fais pas ça » ?

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Active dans les coulisses pour faire la promotion de toutes sortes de causes qui lui tiennent à cœur, notamment ce qu’on appelle le « nationalisme économique », grande défenseuse du design québécois, discrète sur la scène publique, Brais a décidé que cette fois, c’en était trop. Mais cela ne veut pas dire qu’on l’entendra souvent et beaucoup.

En entrevue, elle m’a demandé plusieurs fois de ne pas trop la citer.

Isabelle Brais n’a pas envie de devenir l’histoire. D’être au centre de l’attention.

Elle est très bien dans son rôle, ailleurs que sous les projecteurs braqués sur son mari, François Legault.

Mère de deux garçons aujourd’hui dans la vingtaine, celle qui, après notamment un passage à la Coop fédérée, a eu pendant plusieurs années la boutique Une Île en Amérique, avenue Laurier Ouest, où on ne proposait que des créateurs québécois, s’est forgé un espace engagé mais discret. Croisée l’hiver dernier au Souk Montréal, elle m’avait alors expliqué qu’elle avait décidé de participer à la modernisation de toute la politique d’achats pour les cadeaux diplomatiques, histoire de mettre de l’avant des produits québécois modernes, ce qui se fait de mieux en matière de design ici.

Certains aiment la comparer à Michelle Obama, femme qu’elle admire. En fait, tout comme Sophie Grégoire, plus que comme Hillary Clinton, c’est surtout une femme indépendante, qui n’a pas besoin de son mari pour exister, mais qui n’a pas non plus besoin d’être devant les caméras.

Sauf que là, cette semaine, le vase a débordé.

On m’a dit que ce n’est pas une position nouvelle pour cette femme décrite comme cultivée, sensible, curieuse, dotée d’une excellente capacité d’écoute pour les autres. On m’a confié qu’elle répétait depuis longtemps que les hommes de bonne volonté, les gars qui savent comment se rendre admirables – un groupe de gars de cœur, polis, gentils, dans lequel elle inclut son mari – devraient prendre position publiquement quand des histoires d’horreur de sexisme sont dévoilées. Et affirmer leur solidarité envers les victimes. Tout en isolant les délinquants.

Et c’est effectivement un point de vue important, à rappeler haut et fort.

Ce n’est plus aux victimes de répéter encore et encore que les gestes des hommes qui abusent de leur pouvoir sont inacceptables et traumatisants, parfois gravement.

Ce n’est plus aux femmes de dire à ces harceleurs, agresseurs, et autres créatures dépourvues d’empathie et de générosité, d’arrêter de détruire la vie des autres par des gestes graves, même si eux-mêmes ne les prennent pas au sérieux.

Ce n’est plus aux victimes de dire aux gars : on arrête ça là.

C’est aux autres hommes de l’affirmer clairement. À la population. Et à leurs fils.

« En tout cas, moi, j’avais à dire ça », conclut Isabelle Brais.

Merci.