Le président des studios canadiens d’Ubisoft, Yannis Mallat, quitte l’entreprise à la suite des multiples allégations qui l’ont frappée au cours des derniers jours.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

« Les récentes allégations apparues au Canada à l’encontre de nombreux salariés ne lui permettent pas de continuer à assurer ses responsabilités », explique Ubisoft dans un communiqué.

Ubisoft est plongée depuis deux semaines dans la tourmente à la suite de la publication sur les médias sociaux, en particulier Twitter, d’allégations de harcèlement sexuel.

L’entreprise a aussi montré la porte à son directeur créatif, Serge Hascoët, et à la patronne des ressources humaines, Cécile Cornet, tous deux basés à Paris.

Le premier « a choisi de démissionner », indique le communiqué, alors que la seconde « a décidé de démissionner de ce poste et ce dans l’intérêt de l’unité du Groupe ».

Yannis Mallat était en poste depuis 2006. Sous sa gouverne, l’entreprise avait étendu ses tentacules au Canada, ouvrant des studios à Québec, Toronto et Saguenay. C’est aussi lui qui a supervisé la création ou la relance de franchises phare comme Assassin’s Creed, Far Cry ou Watch Dogs, après avoir participé à titre de producteur à la résurrection de la série Prince of Persia. Sa nomination était survenue au terme d’une guerre intestine confrontant son clan à celui du PDG de l’époque, Martin Tremblay.

Personne n’a encore été nommé pour le remplacer.

Les difficultés pour Ubisoft ont commencé à la fin juin, quand sont apparues sur les réseaux sociaux de multiples allégations ciblant entre autres deux employés du studio de l’entreprise à Toronto. Le directeur créatif du prochain opus d’Assassin’s Creed, Ashraf Ismail, basé à Montréal, a rapidement remis sa démission. L’un des deux employés basés à Toronto, Maxime Béland, a été suspendu avant de lui aussi remettre sa démission. Il portait le titre de vice-président à l’éditorial.

Au cours des derniers jours, La Presse a recueilli une vingtaine de témoignages d’employés et anciens employés à Montréal décrivant une atmosphère où des cadres de haut niveau jugés comme étant les plus talentueux œuvraient dans une certaine impunité, en raison de l’importance accordée au talent au sein de l’entreprise.

> Lisez notre article : « Allégations d’inconduites sexuelles : Ubisoft dans la tourmente »

Les mêmes témoins avaient aussi décrit leur difficulté à obtenir l’oreille du département des ressources humaines.

> Lisez notre article : « Allégations de harcèlement chez Ubisoft : un problème aux ressources humaines »

Le départ de M. Mallat survient de façon inattendue. Encore vendredi, c’est lui qui animait une téléconférence détaillant à tous les employés les projets de l’entreprise pour redresser la situation.

Toujours vendredi, le quotidien français Libération avait publié les résultats d’une enquête dévastatrice pour M. Hascoët, décrit comme étant celui ayant « le comportement le plus toxique de toute l’entreprise », et Mme Cornet, accusée d’avoir été davantage préoccupée par la sauvegarde de l’image de l’entreprise que par les allégations au cours de la gestion de crise.

En l’absence cette année de la prestigieuse conférence Electronic Entertainment Expo (E3), en raison de la pandémie, Ubisoft doit tenir ce dimanche une conférence de presse importante présentant ses nouveautés.