Minuit et une seconde, nous sommes le 4 juillet, fête des Américains. J’envoie un tweet à Donald Trump : « Dear USA, it’s your turn de vous laisser parler d’amour ! » Il me répond : « WHAT THE FUCK ? ? ? »

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

Je suis surpris, mais pas tant que ça. La nuit, le président s’ennuie. Je vais le distraire quelques instants. Notre échange s’est déroulé dans la seule langue que Donald Trump maîtrise un peu, l’anglais, mais il est, ici, retranscrit, dans celle d’Yves-François Blanchet :

« — Joyeux 4 juillet !

— QUI ÊTES-VOUS ?

— Votre voisin.

— LA MAISON-BLANCHE N’A PAS DE VOISIN. ON LES REPOUSSE TOUS ! À COUPS DE MATRAQUE ! LAW AND ORDER ! LAW AND ORDER !

— Je suis du Québec.

— C’EST QUOI, LE QUÉBEC ?

— C’est au nord du Vermont.

— C’EST QUOI, LE VERMONT ?

— C’est un État démocrate. Je voulais juste vous dire, en ce jour de l’indépendance, qu’on vous aime bien, les Américains, malgré tout.

— GO TO HELL ! ON N’A PAS BESOIN DE VOTRE AMOUR.

— Le prenez pas comme ça. C’est vrai que vous êtes un voisin qui prend beaucoup de place. Mettons qu’on n’a pas le choix d’entendre votre musique ! Ça joue fort. Et même en restant chez nous, on se retrouve, tout le temps, chez vous, sur Facebook, Google, Amazon, Netflix.

— AVEZ-VOUS FINI ?

— Presque. Je veux vous dire, aussi, de faire attention à la COVID-19. Vous devriez prendre ça plus au sérieux. On a souvent dit que lorsque les États-Unis éternuent, le Canada attrape la grippe. Heureusement que les frontières sont fermées, sinon, on n’aurait pas fini de tousser !

— LE CHINA VIRUS EST RÉGLÉ.

— Près de 3 millions de personnes atteintes, au moins. Plus de 130 000 morts. Vous avez eu des pics de cas, cette semaine. Disons que la Terre est plus plate que votre courbe. On pourrait peut-être vous aider ?

— ON N’A BESOIN DE PERSONNE !

— C’est là que vous errez, monsieur Trump. Votre pays s’est formé avec des gens qui venaient de partout pour s’aider à créer une nation. Isoler les États-Unis, c’est les empêcher de respirer.

— LAW AND ORDER !

— La loi et l’ordre. L’ordre public. Quand vous ne savez plus quoi dire, vous tweetez ça : Law and order. Ça ne veut rien dire. C’est froid. Ça fait peur. La loi, pour vous, il n’y en a qu’une, c’est la loi du plus fort. Alors que la loi est là pour donner de la force à chaque citoyen.

— LAW AND ORDER !

— Et l’ordre, c’est quoi ? C’est la passivité. L’envers de la création. Si votre cuisine est en ordre, c’est que vous ne mangez pas. Ça prend du désordre pour accomplir quelque chose. Au lieu de law and order, essayez donc : peace and love. C’est plus porteur.

— NEVER !

— Vous rendez-vous compte que vous êtes le président des États-Unis et que vous risquez d’être bloqué sur Twitter, parce que vous diffusez des propos haineux ? C’est absurde ! Votre avatar, ce n’est pas un œuf. C’est la face du président des USA. Respectez vos fonctions !

— YOU SUCK !

— Ben voyons !

— SI TU N’ES PAS UN AMÉRICAIN, TU NE M’INTÉRESSES PAS. POUR ÊTRE PLUS PRÉCIS; SI TU N’ES PAS UN AMÉRICAIN QUI VOTE POUR MOI, TU NE M’INTÉRESSES PAS !

— C’est ça, le problème ! Je sais pourquoi vous ne dormez pas la nuit, c’est parce que vous n’êtes pas le rêve américain.

— MAKE AMERICA GREAT AGAIN

— Après quatre ans de Trump à la présidence, ça devrait être le slogan de votre adversaire.

— HA ! HA ! HA !

— Je ne voulais pas m’engueuler avec vous, je voulais juste vous souhaiter bonne fête !

— EVERYTHING IS OK. IL N’Y A RIEN QUE J’AIME PLUS QUE M’ENGUEULER. GOD BLESS AMERICA.

—  Ça, oui ! L’Amérique en a bien besoin.

— BYE. »

Bonne fête nationale à tous les Américains ! Vous êtes un grand peuple qui mérite un grand président ou une grande présidente. Make Presidency Great Again.