Plus de 200 employés et ex-employés accusent l’organisme, proche du premier ministre, d’abus de pouvoir et de racisme

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

L’organisme de bienfaisance WE Charity, qui a reçu récemment un contrat gouvernemental de 900 millions de dollars pour gérer la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant, est pris dans la tourmente. L’organisme fait l’objet d’accusations d’abus de pouvoir et de racisme de la part de plus de 200 employés.

Mercredi, jour de la fête du Canada, une pétition a été mise en ligne pour mettre en lumière les abus de pouvoir allégués par des employés de l’organisme de charité WE Charity (UNIS en français). Cette lettre, adressée au conseil d’administration, a été signée par 150 anciens employés et 50 personnes travaillant actuellement pour l’organisme, qui signent de manière anonyme.

En appui à la pétition, deux anciennes employées sont citées pour avoir témoigné du racisme dont elles disent avoir fait l’objet. Dans un blogue appelé « Odd Truths About WE Charity », Santai Kimakeke raconte avoir été victime de menaces et de torture mentale de la part de la haute direction de l’organisme.

Le témoignage d’une autre ancienne employée, Amanda Maitland, est cité en exemple. Cette femme noire a dit, sur Instagram, avoir fait l’objet de racisme et décrit la « culture de peur » qui règne à WE Charity.

L’organisme a répondu en diffusant sur son site web une lettre d’excuse signée par des membres de la haute direction, dont des membres du conseil d’administration, ainsi que les cofondateurs de WE Charity, Marc et Craig Kielburger. Ils disent que des mesures seront mises en place pour s’assurer que l’organisation soit plus inclusive et diversifiée.

PHOTO ARTHUR MOLA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Marc Kielburger et Craig Kielburger lors d’un évènement en septembre 2019

Rappelons que le gouvernement libéral a accordé à cet organisme de bienfaisance international, avec lequel Justin Trudeau et sa femme, Sophie Grégoire Trudeau, ont des liens, un contrat d’envergure, ce qui fait grandement réagir depuis quelques jours.

Des questions éthiques

Le Parti conservateur du Canada (PCC) a par exemple demandé une enquête officielle sur cette décision jugée douteuse d’accorder à WE Charity la gestion d’un programme de 900 millions destiné à aider les étudiants pendant la crise du coronavirus.

Les troupes d’Andrew Scheer ont ainsi transmis une lettre dimanche dernier à Karen Hogan, vérificatrice générale, dans laquelle ils déplorent qu’Ottawa « sous-traite » la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant. À leurs yeux, cela est une façon d’éloigner la gestion de ces fonds publics de la reddition de comptes nécessaire des parlementaires.

Le PCC souligne que cela est d’autant plus troublant que le premier ministre Trudeau a des liens avec WE Charity. Sa femme anime d’ailleurs l’une des baladodiffusions de l’organisation, ce qui pose des questions éthiques évidentes, estiment les conservateurs.

Justin Trudeau a quant à lui répliqué que la décision d’avoir recours aux services de WE Charity provenait de la fonction publique et non pas de son gouvernement.