Dans la tourmente, l’organisme de bienfaisance WE Charity se retire de la gestion du programme fédéral de Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant de 900 millions de dollars. Justin Trudeau faisait l’objet de nombreuses critiques pour avoir choisi cet organisme, dont il est proche

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
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La décision a été prise conjointement avec l’organisme, a indiqué la ministre de la Diversité, de l’Inclusion et de la Jeunesse, Bardish Chagger, sans donner plus de détails. L’organisme WE (UNIS en français) avait déjà reçu plus de 35 000 demandes d’étudiants prêts à faire du bénévolat cet été pour obtenir une bourse de 1000 à 5000 dollars.

« Nous travaillerons avec l’organisation pour assurer une transition accélérée et nous examinons toutes les options pour nous assurer que les étudiants, les organismes à but non lucratif et les communautés continuent d’être soutenus tout au long de la pandémie », a déclaré Mme Chagger dans un communiqué.

En point de presse vendredi, Justin Trudeau a été talonné par les journalistes sur cette affaire. « La façon que tout ça s’est déroulé, c’est décevant. [...] Ils ont décidé que ce n’était plus dans leur intérêt de livrer ce programme pour le gouvernement et on les appuie dans leur décision. […] On va s’assurer que les jeunes puissent continuer de s’impliquer », a-t-il expliqué.

Justin Trudeau a également défendu l'implication passée de sa femme auprès d'UNIS et ses propres liens avec l'organisme. « Ça fait des années que je m’implique auprès des jeunes. [...] L’organisme UNIS va avoir des réflexions et des décisions par rapport à ce qu'ils vont faire dans les années. Moi et ma famille vont continuer d’appuyer des oeuvres qui ont un impact positif », a-t-il maintenu.

Les fondateurs de l'organisme, Craig et Marc Kielburger, soutiennent pour leur part avoir pris cette décision « à contrecoeur » en raison de la controverse incessante.

« Dès l’annonce, le programme a été plongé dans la controverse. Des questions ont été posées au sujet de l’origine du programme, les motivations pour déléguer les opérations du programme et le choix de WE Charity. […] Notre crainte était que de continuer ainsi affecterait le programme. Les conséquences seraient ainsi négatives pour les étudiants », ont-ils affirmé dans un communiqué publié vendredi matin.

Le gouvernement Trudeau a annoncé le 25 juin l’octroi à cet organisme de bienfaisance international de la gestion d’un programme de 900 millions destiné à aider les étudiants pendant la pandémie de COVID-19. La bourse offre aux étudiants admissibles jusqu’à 5000 $ en retour d’un bénévolat auprès d’organisations à but non lucratif, aidant à amortir l’impact de la pandémie de COVID-19.

Dès le départ, les critiques ont fusé. Le Parti conservateur a notamment demandé une enquête à la vérificatrice générale, Karen Hogan sur le choix de l’organisation, dont le couple Trudeau-Grégoire est proche.

Justin Trudeau et Sophie Grégoire Trudeau ont participé par le passé aux événements organisés par WE Charity, dont les Journées UNIS pour les jeunes. Mme Grégoire Trudeau a aussi animé l’une des baladodiffusions de l’organisation.

Dans les derniers jours, l’organisme de bienfaisance a également fait l’objet d’accusations d’abus de pouvoir et de racisme de la part de plus de 200 employés. Mercredi, jour de la fête du Canada, une pétition a été mise en ligne pour mettre en lumière les abus de pouvoir allégués par des employés de WE Charity. Cette lettre, adressée au conseil d’administration, a été signée par 150 anciens employés et 50 personnes travaillant actuellement pour l’organisme, qui signent de manière anonyme.

Signe de l’instabilité de l’organisation, de nombreux dirigeants avaient claqué la porte ce printemps peu de temps avant d’obtenir la gestion du contrat de 900 millions du gouvernement fédéral.