Cris, convocations au travail par huissier et coups dans le mobilier : l’ambiance de travail ne vole pas haut au Service aérien gouvernemental (SAG), relevant du MTQ, selon une décision judiciaire qui met en lumière un secteur apparemment dysfonctionnel de la fonction publique.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Les cadres du service ont d’ailleurs décrit la situation comme une « débâcle », dans un document commun.

Il existe « depuis quelques années une guerre de pouvoir entre les directions […] qui mène à des confrontations, du dénigrement, de l’opposition, de la résistance et à un manque de collaboration », affirme la Commission de la fonction publique (CFP) dans une décision rendue le mois dernier. « Tout cela sur un fond de stratégies sournoises ayant pour objectif le discrédit de certaines personnes. Il y a un désir de prendre en défaut, de mettre en doute les compétences des personnes afin d’affecter leur crédibilité. »

La Commission se penchait sur une plainte de Benoit Bouchard, ex-pilote d’Air Canada Jazz, embauché en 2014 comme cadre au SAG. Ce service exploite tous les avions du gouvernement du Québec, notamment ses avions-ambulances.

En 2018, M. Bouchard a été relevé de ses fonctions le temps d’une enquête en harcèlement psychologique, puis suspendu, avant de démissionner. Il prétendait avoir été victime d’un congédiement déguisé. La CFP lui a donné tort, à la mi-mai.

« Il y a une problématique »

Mais au-delà du cas de M. Bouchard, c’est la description frappante de l’ambiance de travail parmi les employés et les cadres qui surprend dans la décision de la CFP.

Le SAG est reconnu comme un service avec un mauvais climat de travail depuis quelques années.

La juge administrative Caroline Gagnon, dans sa décision

En plus des allégations de harcèlement psychologique qui fusent entre cadres et employés, le jugement évoque une responsable des ressources humaines qui éclate en sanglots après une réunion, ainsi que des rencontres qui se terminent par des cris ou des coups dans les classeurs.

Benoit Bouchard a affirmé que le climat de travail était bon au SAG à la fin de sa période d’emploi.

C’est le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) qui représente notamment les pilotes, les copilotes, les agents de bord et les techniciens en aéronautique du service aérien.

« C’est une longue histoire de climat de travail désagréable au Service aérien », a affirmé Caroline Bouffard, présidente régionale du syndicat. « J’ai parlé à nos délégués qui travaillent sur place et c’est mieux [aujourd’hui en 2020], mais ce n’est pas parfait. Il y a une problématique de climat de travail. »

Le ministère des Transports du Québec, qui chapeaute le SAG, a refusé la demande d’entrevue de La Presse.

« Il est important tout de même de spécifier que les résultats du sondage de septembre 2019, sur la satisfaction des employés de la Direction générale du service aérien gouvernemental, démontrent une amélioration significative de la presque totalité des indicateurs de satisfaction du personnel, comparativement aux résultats du sondage effectué 2 ans auparavant », a tout de même fait valoir le porte-parole Gilles Payer par courriel.

Joint via son avocat, Benoit Bouchard n’a pas voulu commenter la situation ou la décision.