Le promoteur immobilier Le Quartier Forestia exige que la Communauté métropolitaine de Montréal change sa position défavorable à son projet immobilier prévoyant la construction de 5000 logements sur des terres agricoles à Boisbriand.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

Dans une mise en demeure envoyée vendredi dernier à la mairesse Valérie Plante, qui préside la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), l’avocat du promoteur soutient que la position de la CMM vient « hypothéquer » son projet. Il reproche d’avoir ainsi « teinté l’analyse » faite par la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ).

« Les motifs au soutien de sa recommandation sont erronés, incongrus puisqu’ils sont non représentatifs des données adéquates à ce jour, voire carrément tronqués de la réalité contemporaine », écrit MFrançois Bouchard dans la mise en demeure.

La réaction de MBouchard et de son client fait suite à l’avis d’orientation préliminaire publié par la CPTAQ à la mi-février. Le dézonage demandé pour construire un nouveau quartier résidentiel à Boisbriand devrait être refusé, avait alors estimé la CPTAQ, qui jugeait que les lots concernés étaient parmi les « meilleurs milieux agricoles au Québec ». Il vaudrait mieux destiner ces terrains aux cultures maraîchère ou horticole, suggérait-on.

IMAGE FOURNIE PAR LE QUARTIER FORESTIA

Plan du projet Forestia

Soutenu par la Ville de Boisbriand, le projet Forestia vise des terrains situés à proximité des autoroutes 13 et 640. Il s’agit d’un secteur enclavé qui se prêterait bien à un projet misant sur la densité résidentielle, estime le promoteur. « Le nombre d’espaces résidentiels disponibles [à Boisbriand] ne pourra permettre de répondre aux besoins au-delà de 2022 », rappelle-t-on dans la mise en demeure.

Le promoteur et la Ville de Boisbriand ont demandé une rencontre à la CPTAQ pour plaider leur dossier avant qu’une décision définitive ne soit prise, mais la pandémie de COVID-19 a retardé tous les dossiers. Les activités reprennent par vidéoconférence, a-t-on indiqué mardi à la CPTAQ. En vue d’une éventuelle audition, le promoteur souhaite présenter une recommandation révisée de la CMM, mais la partie ne semble pas gagnée.

Le directeur général de la CMM, Massimo Iezzoni, rappelle d’abord que la CPTAQ est indépendante et prend en compte les recommandations qu’elle veut bien. De plus, il souligne que c’est le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) qui guide les décisions de la CMM, qui pose ainsi un regard régional.

Ce qu’on a constaté, et c’est inscrit dans la résolution que nous avons adoptée, c’est qu’il y a assez de terrains disponibles sur la Rive-Nord pour qu’on ne soit pas obligé de construire en zone verte à Boisbriand. Et c’est toujours vrai.

Massimo Iezzoni, directeur général de la Communauté métropolitaine de Montréal

M. Iezzoni a affirmé, par ailleurs, que le contentieux de la CMM allait analyser avec sérieux la mise en demeure du Quartier Forestia. Le promoteur menace d’intenter des poursuites contre la CMM si « les corrections nécessaires ne sont pas apportées ». Le document se termine en soulignant que « les dommages subis à ce jour ainsi que ceux à venir » pourraient être réclamés, étant donné qu’il s’agit d’un investissement de 1,9 milliard. Soulignons qu’en février dernier, le promoteur évaluait son projet à 1,2 milliard.

Qui est le promoteur ?

Le Quartier Forestia est une entreprise créée en 2017 spécifiquement pour le projet de Boisbriand. La société appartient à trois actionnaires : le promoteur Raymond Lessard, l’entrepreneur David Perri et la société ontarienne Ballantry Homes. C’est la Ville de Boisbriand qui a officiellement formulé une demande d’exclusion du territoire agricole à la CPTAQ.