Des organismes qui parrainent des réfugiés estiment se buter depuis janvier à un « mur de silence » au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration. Ils ont interpellé directement le ministre Simon Jolin-Barrette pour une rencontre.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« On a peur. On s’inquiète tous que ce programme pourrait aussi être jeté avec les autres », a dit au téléphone Nayiri Tarlian, de l’organisme Hay Doun, qui a précisé qu’habituellement, un accusé de réception suivait le dépôt d’un dossier. Or, aucune communication n’a été reçue pour les demandes, dont la période de réception s’étendait du 20 janvier au 5 juin.

Dans une lettre datée du 5 juin envoyée au ministre, le Service jésuite des réfugiés, Hay Doun, les Oblates franciscaines de Saint-Joseph, l’Archidiocèse de l’Église catholique à Montréal et le volet parrainage collectif de la TCRI se sont dit préoccupés par une « gestion semblant incohérente », d’« importantes problématiques » lors du dépôt des demandes en janvier et une absence « de réponse concrète à [de] nombreuses demandes d’information ». S’ils disent comprendre la crise générée par la COVID-19 et reconnaître « le dévouement de notre gouvernement » pour la contrer, ils insistent sur la nécessité de « travailler de concert » avec le Ministère sur la question des réfugiés.

Au Cabinet du ministre, on a confirmé la réception de la lettre, le 8 juin. « Nous sommes en train d’analyser ladite correspondance », a précisé dans un courriel à La Presse l’attachée de presse de M. Jolin-Barrette, Élisabeth Gosselin. « Le Ministère communiquera sous peu avec chacun des demandeurs afin de les informer quant à la recevabilité ou l’irrecevabilité de leurs demandes », a-t-elle ajouté, évoquant la fin récente de la période de réception.

Le nombre de demandes limité

Araz, une réfugiée syrienne établie au Québec depuis quatre ans, qui a souhaité garder son nom de famille confidentiel, attend des nouvelles du dossier de sa sœur, actuellement au Koweït avec sa famille. « C’est très difficile, je m’inquiète beaucoup », a dit l’agente administrative au téléphone. Les dossiers de la famille ont été déposés par Hay Doun à l’hiver.

Le nombre de demandes totales au Québec pour le parrainage collectif a été limité à 750 pour 2020, avec des maximums établis selon divers critères – organismes expérimentés ou non, groupes de deux à cinq personnes, parrainage pour s’établir hors du Grand Montréal ou pas.

La gestion avait été dénoncée lors de l’ouverture de la période de dépôt des demandes, alors que le principe du premier arrivé, premier servi et l’obligation d’utiliser des services de messagers avaient donné lieu à de l’intimidation, selon des personnes présentes, en plus de faire augmenter la facture. Des gens s’étaient relayés jour et nuit pour conserver leur place. Le travail pour revoir le processus se poursuit, a confirmé Mme Gosselin.

Des délais imputables à la COVID-19 ?

Sylvain Thibault avait dénoncé un « fiasco ». Il a déposé une demande de parrainage, avec d’autres particuliers, pour 10 réfugiés congolais actuellement dans un camp en Ouganda. Il a réussi à se faire confirmer cette semaine leur inscription dans le système.

Fort de son expérience d’une vingtaine d’années dans le milieu, il sait cependant que, même si les demandes sont acceptées, les réfugiés ne pourront vraisemblablement pas mettre les pieds au Québec avant deux ans – si la pandémie ne rallonge pas encore les délais.

Il est d’ailleurs préoccupé par les conditions sanitaires dans le camp.

On est en contact constant, on leur paie de l’eau propre.

Sylvain Thibault

La crise liée à la COVID-19 pourrait effectivement « avoir une incidence sur les délais », a confirmé Émilie Vézina, aux relations médias du Ministère. « Cependant, toutes les mesures sont prises pour continuer le traitement des demandes d’immigration », a-t-elle précisé.

Nayiri Tarlian, qui a parlé à La Presse au nom de différentes organisations signataires de la lettre, a dit comprendre les enjeux, mais estime que le Ministère devrait les voir comme des partenaires. « S’il y a des difficultés, des préoccupations, qu’il les partage », a-t-elle souligné.