Une pétition demande que la statue de James McGill, fondateur de l’université du même nom, connu pour avoir été partie prenante de l’esclavagisme, soit remplacée par un arbre.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

« Les arbres ne sont pas racistes, James McGill l’était », commente une internaute sous la pétition qui comptait samedi soir 1720 signatures.

En marge des manifestations antiracistes qui secouent le monde entier, la pétition demande à l’Université McGill de retirer la statue de son fondateur, située sur le campus près de la rue Sherbrooke, et de planter un arbre à l’endroit où elle se trouve.

James McGill a possédé des esclaves noirs et autochtones et c’est pour cette raison que la statue qui le glorifie devrait disparaître, plaide Hannah Wallace, à l’origine de cette pétition.

« Il a utilisé sa richesse acquise par l’exploitation pour fonder l’Université McGill », écrit-elle dans le texte d’introduction de la pétition.

« L’université n’en fait pas mention sur son site web et tente de romancer sa vie ennuyeuse », ajoute-t-elle.

« J’aimerais qu’on retire la statue. C’est une sculpture moderne qui n’a aucune valeur historique et on ne s’en sert pas pour éduquer le public au sujet du vécu complexe de James McGill », affirme Charmaine Nelson, professeure titulaire d’histoire de l’art à l’Université McGill. Au Canada, la Dre Nelson est la première femme noire à avoir occupé ce poste, et elle s’intéresse à la question de ces monuments controversés et à la représentation visuelle des personnes noires.

Ces symboles présents dans l’espace urbain ont leur place dans un musée, à condition d’en expliquer l’histoire et le contexte, juge l’experte. Or, aucune explication n’accompagne la statue quant aux pratiques esclavagistes du fondateur.

Statue de John A. Macdonald

À quelques kilomètres de la statue de James McGill se trouve celle de Sir John A. Macdonald, qui fait parfois les manchettes. Le débat autour de ce monument du centre-ville de Montréal, constamment vandalisé, a été remis au goût du jour vu le contexte actuel.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

La statue de John A. Macdonald a été vandalisée l’an dernier.

Mercredi dernier, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a affirmé qu’elle ne prévoyait pas dans l’immédiat de retirer la structure de bronze, qui est devenue aux yeux de certains un symbole de colonialisme et de racisme. John A. Macdonald, premier premier ministre du Canada et l’un des pères de la Confédération, est de nos jours critiqué pour sa violence envers les communautés autochtones.

Le débat fait rage aussi dans la ville de Toronto, en Ontario, où plus de 10 000 personnes demandent dans une pétition que la rue Dundas, principale artère de la métropole, soit renommée. Henry Dundas, politicien écossais du XVIIIsiècle, s’est opposé à l’abolition de l’esclavage.

Partout dans le monde, divers emblèmes jugés racistes ou liés à un passé colonial trouble ont été déboulonnés ou détruits.

Dimanche dernier, des manifestants de la ville de Bristol au Royaume-Uni ont jeté à l’eau un monument représentant un marchand d’esclaves ayant vécu au XVIIsiècle. Aux États-Unis, des statues de Christophe Colomb ont également été vandalisées.