Parce que les enfants faisant l’objet d’un signalement à la DPJ doivent en priorité se trouver dans des milieux « sains et bienveillants », le Québec doit mener une réflexion de société sur la priorité donnée actuellement au maintien des enfants dans leur famille biologique.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, qui avait été mise en place dans la foulée de la mort tragique de la fillette de Granby, s’est terminée vendredi matin.

Un rapport sera remis au gouvernement le 30 novembre.

En conférence de presse vendredi, Régine Laurent, présidente de la Commission, a expliqué qu’elle n’avait pas encore de position ferme quant à la priorité donnée actuellement aux liens du sang. Ce qui lui apparaît cependant évident, c’est qu’une réflexion de société s’impose sur le sujet.

Après avoir entendu beaucoup de chercheurs sur la question, elle estime qu’il faut mettre fin aux incessants allers-retours entre les familles d’accueil et les familles biologiques (de multiples chances étant données aux parents pour se reprendre en main).

Car ces allers-retours « posent un problème majeur, particulièrement pour les tout-petits », incapables dans ces conditions d’établir des liens d’attachement avec qui que ce soit.

« Agir en amont »

Parmi les autres constats faits lors des sept mois qu’a duré la commission Laurent, il y a cette évidence que les travailleurs sociaux chargés des dossiers des enfants ne suffisent pas à la tâche. Le nombre d’enfants qui font l’objet d’un signalement et qui sont pris en charge par la DPJ explose.

« Il faut agir en amont », estime Mme Laurent.

À l’origine, la DPJ devait être « les soins intensifs des services à la jeunesse », alors qu’elle est devenue, au fil du temps, « une porte d’entrée pour accéder aux services », affirme Régine Laurent. 

« Ce n’est pas ce que visait la création de la DPJ, il y a 40 ans. »

Parmi les enjeux qui seront étudiés par les commissaires avant qu’ils remettent leur rapport au gouvernement se trouvent l’accompagnement déficient des jeunes de la DPJ à la sortie des centres jeunesse, leurs retards scolaires, les délais de traitement, le taux de roulement trop élevé des intervenants auprès des jeunes et le manque de coordination entre les différents acteurs chargés de protéger les enfants.

Un système décrié

Si certains jeunes sont venus dire qu’ils devaient beaucoup à la DPJ, les sept mois de travaux de la Commission ont surtout mis en lumière les carences du système, non sans que cela soit souffrant pour ceux qui s’y dévouent dans des conditions difficiles.

Des jeunes sont venus dénoncer l’enfermement qu’ils avaient trop souvent vécu en centre jeunesse. Des autochtones ont demandé qu’on cesse de briser leurs familles. Des travailleurs sociaux surchargés et souvent en détresse ont avoué que, faute de temps et à leur corps défendant, ils en étaient souvent réduits à violer leur code d’éthique et à ne pas faire d’évaluation appropriée des situations dans lesquelles se trouvent des enfants.

Si le Québec a réussi à lutter efficacement ces dernières décennies contre la pauvreté, « nous avons échoué » en matière de maltraitance des enfants, a résumé le psychologue Camil Bouchard.

Non seulement des enfants sont mal protégés de leurs parents démunis ou inadéquats, mais ils sont aussi mal pris en charge par un système dont ils sortent avec leurs effets personnels dans des sacs poubelles et pour tout réel bagage une sous-scolarisation lourde de conséquences.

La commission Laurent s’est amorcée le 22 octobre dernier. De premières recommandations ont été formulées en décembre, qui demandaient notamment au gouvernement un financement plancher de 200 000 $ pour les organismes communautaires, nombreux à être extrêmement présents auprès des familles démunies.