(Montréal) Il y a une perte de confiance chez les jeunes usagers et leurs parents envers la DPJ et ses intervenants, a témoigné mercredi devant la Commission spéciale sur la protection de la jeunesse l’Alliance des comités des usagers des centres jeunesse du Québec.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

Les jeunes et leurs parents se sentent souvent « piégés » ou ignorés, a rapporté Josée Dansereau, la présidente de l’Alliance.

Elle rapporte aussi un manque de services d’aide pour les parents — ce qui aurait pourtant un impact direct et bénéfique sur le bien-être du jeune.

Son mémoire a été rédigé conjointement avec le Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU). Les comités d’usagers en centres de protection de l’enfance et de la jeunesse œuvrent à la défense, à la protection et au respect de leurs droits.

Les audiences de la commission présidée par Régine Laurent ont repris la semaine dernière en mode virtuel, pandémie oblige.

Les deux groupes ont souligné que l’étape de l’évaluation de la situation d’un enfant est cruciale. Pourtant, ils relèvent que les démarches faites et celles à venir ne sont pas suffisamment expliquées au parent. Il a l’impression d’être dans le néant, faute de repère.

Lors de cette étape, le jeune ou son parent se plaint souvent qu’il n’a pas la perception d’être écouté et qu’il ne comprend pas ce qui se passe, a rapporté Mme Dansereau.

« Il a l’impression que la cueillette d’informations est incomplète et non objective. Les intervenants ne contactent pas toujours les personnes que les parents nomment comme sources de référence : professeur, psychologue, intervenant en CLSC, médecin, famille, amis, etc. », peut-on lire dans le mémoire.

Cela rend les parents, comme les enfants, plus méfiants pour la suite des choses.

Lorsque le parent juge que le rapport est inexact, il souhaite qu’il soit corrigé — ce qui se produit rarement, soutient Mme Dansereau. On explique alors au parent qu’il pourra se faire entendre devant le juge.

Cette façon de faire doit être corrigée, insiste la présidente de l’Alliance. Car un lien de confiance ne peut se bâtir si l’usager a le sentiment que son dossier est basé sur des écrits inexacts ou s’il traduit mal sa réalité.

Les parents veulent être écoutés, dit-elle.

Et lorsque les parents doivent aller devant le tribunal pour le placement possible de leur enfant, ils sont censés recevoir trois jours à l’avance le rapport qui détaille la position de la DPJ.

Certains ne l’obtiennent que le matin même et ne le comprennent pas. « Ils sortent de cette expérience en colère et avec le sentiment d’avoir été piégés. »

Et alors que les plans d’intervention doivent être conçus de pair avec les familles, ils sont souvent rédigés à l’avance — sans eux. C’est parfois le cas des calendriers de visites avec les enfants, élaborés sans discussion avec les parents. Or, ils travaillent, ont d’autres enfants dont ils doivent s’occuper, et il leur est difficile de planifier des visites pendant les « heures de bureau ».

Des solutions

Les deux groupes recommandent notamment d’accroître les ressources financières et le personnel dans les centres de protection de l’enfance et de la jeunesse.

Si le personnel était moins débordé, il aurait plus de temps pour expliquer les choses correctement aux parents.

Et s’il y avait plus de services offerts aux familles, il y aurait moins de signalements à la DPJ, a déclaré Mme Dansereau.

Actuellement, la DPJ offre des services aux enfants, mais pas nécessairement aux parents à qui l’on demande de mieux s’outiller, est-il relevé dans le mémoire conjoint.

« Il nous apparaît donc que le soutien aux parents serait à bonifier, pour mieux répondre à leurs besoins et, par le fait même, à ceux des enfants. »

Les deux groupes voudraient aussi plus d’aide et d’encadrement pour les jeunes une fois qu’ils ont atteint 18 ans, afin d’éviter qu’ils se retrouvent à la rue.