Mateo Corrales a fait des efforts titanesques pour obtenir son diplôme en même temps que ses amis.

Caroline Touzin Caroline Touzin
La Presse

Célébrer aux côtés de ses copains du Collège Durocher Saint-Lambert à son bal de finissants de cinquième secondaire, à la fin de juin, aurait été l’équivalent d’un podium au terme d’un Ironman. Mais la COVID-19 est venue bouleverser ses plans.

Victime d’un grave accident survenu à l’aube de ses 16 ans, le chemin de sa réadaptation a été long et parsemé d’embûches, à l’image d’une épreuve sportive d’endurance.

L’adolescent a frôlé la mort après avoir subi une décharge électrique de 25 000 volts sur le site d’une usine désaffectée de Candiac, quelques jours avant la rentrée scolaire de sa quatrième secondaire.

Cette année-là, plutôt que d’être assis sur les bancs d’école, Mateo a dû réapprendre à tout faire : se brosser les dents, tenir un verre, marcher, courir. Dans les moments les plus douloureux, ce grand brûlé a maintes fois visualisé son « podium » : sa remise de diplôme du secondaire.

De nombreux lecteurs ont d’ailleurs été touchés par l’histoire de cet ado racontée dans La Presse en janvier dernier.

Pour éviter tout retard scolaire qui l’aurait empêché d’obtenir son diplôme en même temps que ses amis, Mateo s’est tapé de nombreuses séances de maths et de français à la maison « sur les antidouleurs », déjà épuisé par des changements de pansements à la limite du supportable ou par d’exigeantes séances de réadaptation.

En septembre dernier, il était de retour sur les bancs d’école, rejoignant du même coup ses amis en cinquième secondaire.

Sauf qu’en mars, la pandémie est venue s’ajouter à la liste d’obstacles qui se sont dressés entre lui et le podium. En entraînant la fermeture des écoles secondaires jusqu’en septembre prochain, la COVID-19 a ruiné la fin de sa dernière année du secondaire aux côtés de ses copains, en plus de forcer l’annulation du fameux bal.

« Je voulais tellement graduer avec mes amis. Ça m’a motivé tout le long, décrit-il. La COVID est venue tout gâcher. »

L’adolescent – aujourd’hui âgé de 17 ans – aurait pu se laisser décourager. Mais c’est mal le connaître.

« Mateo, c’est la résilience incarnée, raconte sa physiothérapeute au CHU Sainte-Justine, Lucie Farmer. Avec sa persévérance, cet enfant pourra relever n’importe quel défi dans sa vie. »

Ainsi, à la fin du mois de juin, plutôt que de s’habiller chic pour fêter la fin du secondaire, Mateo enfilera ses souliers de course pour amasser des fonds au profit de l’hôpital qui lui a sauvé la vie.

Le jeune homme comptait déjà s’impliquer dans le Défi-Jeunesse Sainte-Justine des écoles privées, auquel son école – le Collège Durocher Saint-Lambert – participe depuis plusieurs années. Mais le défi en question a été une victime collatérale de la pandémie en raison de la fermeture abrupte des écoles secondaires.

Mateo tenait tout de même mordicus à poursuivre son engagement auprès de l’hôpital. « J’ai bénéficié d’équipements hautement spécialisés achetés grâce aux dons faits à la fondation de l’hôpital durant ma réadaptation, décrit-il. Sans ça, je ne serais pas rendu là où je suis aujourd’hui. »

Plongé dans un coma artificiel durant trois semaines à la fin d’août 2018, l’adolescent a subi neuf opérations en deux mois. Avec un peu plus de 50 % de la surface de son corps brûlé, il s’agit d’un des trois cas les plus graves traités à l’hôpital pédiatrique montréalais depuis dix ans.

Hospitalisé durant quatre mois, l’athlétique adolescent a alors pris beaucoup de poids. 

Mon objectif depuis le début, c’est de revenir le plus possible comme avant.

Mateo Corrales

Il a adopté une discipline de fer – sans jamais négliger ses études, précise sa mère Tina Massarelli – pour perdre les 55 livres qu’il avait gagnées. Confinement oblige : depuis le mois de mars, ce grand passionné de soccer et de futsal soulève des poids, en plus de faire de la corde à danser et du jogging.

Je bouge pour Sainte-Justine

Mateo est l’un des ambassadeurs d’un nouveau défi baptisé Je bouge pour Sainte-Justine, qui vise à soutenir le fonds d’urgence de la fondation de l’hôpital pédiatrique montréalais. La fondation souhaite rassembler – à distance – 500 sportifs qui ont la cause à cœur afin de réaliser une collecte de fonds et relever un défi sportif.

« Si chaque participant mobilise 10 donateurs, ce sont 5000 donateurs qui s’ajouteront à notre objectif de 50 000. Cette mobilisation sera symboliquement célébrée dans le cadre d’un défi sportif tenu à distance le 20 juin », indique Florence Meney, des communications du CHU Sainte-Justine.

L’adolescent est appuyé par son école secondaire, qui lui organisera un parcours de 5 km le 20 juin prochain. Il courra du pavillon du premier cycle à celui du deuxième cycle de l’établissement scolaire privé de la Rive-Sud de Montréal.

« Ce sera très symbolique pour lui, avec tout ce qu’il a vécu, raconte la mère de Mateo. La direction de l’établissement a été extraordinaire après son accident pour l’accommoder avec ses innombrables rendez-vous médicaux. On a senti, et on le sent toujours, que tout le personnel de l’école est à 100 % derrière nous dans cette épreuve. »

Mateo n’ira peut-être pas au bal, mais il obtiendra son diplôme de cinquième secondaire en même temps que ses amis. Et il s’est trouvé un rite de passage à son image. « Il a relevé le défi de sa vie, résume sa physiothérapeute Lucie Farmer, et maintenant, il donne au suivant. »