(Montréal) Des médecins ont souligné un problème trop souvent relégué à l’arrière-plan pour les jeunes pris en charge par la DPJ et hébergés dans des centres jeunesse : ils ont souvent de multiples problèmes de santé sans avoir de soins ni de suivis suffisants.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

Pourtant, il s’agit d’une clientèle particulièrement vulnérable, ont-ils rapporté jeudi à la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

La Commission, présidée par Régine Laurent, avait été forcée de suspendre ses audiences publiques prévues en mars et en avril en raison de la pandémie de la COVID-19. Celles-ci ont repris mercredi en mode virtuel.

Deux docteurs du Regroupement des médecins et des infirmières en Centre jeunesse ont témoigné jeudi matin.

Les jeunes pris en charge par la DPJ sont souvent d’abord évalués sous l’angle des problèmes psychosociaux, et non de santé, a indiqué devant la Commission le Dr Yves Lambert, président du regroupement.

Pourtant, les jeunes de 14 à 18 ans hébergés en centre jeunesse présentent de deux à quatre fois plus de risques ou de problèmes de santé que la population en général, rapporte le docteur en citant une étude québécoise.

Et la santé des jeunes en centre de réadaptation influence leur processus de réadaptation et vice-versa, dit-il.

Des jeunes ont besoin de physiothérapie parce qu’ils ont mal au dos – ils ont été battus –, d’autres ont des séquelles physiques d’agressions sexuelles, sans oublier les problèmes de santé mentale.

« Plusieurs de ces enfants ont vécu de la violence. Ils présentent donc des troubles musculosquelettiques en proportion importante souvent liés à d’anciennes blessures mal soignées. Or, aucun service de physiothérapie n’est accessible facilement. Ils doivent attendre sur la liste du CLSC ou de l’hôpital et seront vus généralement plusieurs mois après leur inscription », lit-on dans le mémoire déposé par le regroupement.

Plusieurs devraient être suivis pour des problèmes de diabète, mais ces enfants souvent négligés ne le sont pas, a aussi souligné le Dr Lambert.

Pour les aider le mieux possible, le regroupement veut que les professionnels de la santé fassent partie intégrante de l’équipe qui s’occupe du jeune – et qu’ils soient inclus dans leur processus d’évaluation dès que le signalement à la DPJ est retenu.

« Pour ne pas devoir agir juste quand il est trop tard », a demandé la Dre Anne-Chloé Bissonnette.

Devant la Commission, elle a rapporté que des jeunes ont des déficits d’attention ou des troubles de l’apprentissage, mais n’ont jamais été évalués ni diagnostiqués, une étape nécessaire pour recevoir des services.

Ils arrivent alors en centre jeunesse et présentent un retard scolaire important, est-il souligné dans le mémoire.

« Malheureusement, les budgets jeunesse ne permettaient pas de dégager des fonds suffisants pour offrir des services de psychologie, d’ergothérapie, de physiothérapie ou d’orthophonie. »

Et les suivis médicaux sont difficiles, la continuité de soins étant compliquée par divers facteurs, notamment de multiples placements pour certains enfants, la négligence du milieu familial ou le mode de vie du jeune qui est incompatible avec un suivi adéquat, en raison de fugues ou d’un abandon scolaire par exemple.

Et si l’accès aux soins de santé est très dur pour les jeunes en centre jeunesse, il est pire encore après la fin de l’hébergement, déplore Dre Bissonnette.

« Les jeunes se retrouvent donc souvent sans services alors qu’ils en ont ardemment besoin vu leur vulnérabilité inhérente », est-il écrit dans le mémoire.

Ces deux experts recommandent plusieurs solutions, dont une formation plus spécifique pour les médecins et les infirmières afin de mieux les préparer à intervenir auprès des jeunes en difficulté.

Ils suggèrent aussi que les jeunes issus des centres jeunesse soient considérés comme des « patients super-vulnérables », ce qui augmenterait l’accessibilité aux services ainsi que leur vitesse d’octroi, disent-ils.

L’élément déclencheur de cette commission spéciale a été la mort d’une fillette de 7 ans de Granby, retrouvée dans un état lamentable en avril 2019 et décédée peu après, même si elle avait fait l’objet d’un signalement auprès de la DPJ.

Ce décès avait ébranlé la population québécoise et avait soulevé des inquiétudes sur le système de protection de la jeunesse et sur le soutien aux familles en situation de vulnérabilité.