(Québec) Le troisième lien a peut-être perdu l’un de ses plus ardents défenseurs. Dans le contexte de la pandémie, le chef de l’opposition officielle à la Ville de Québec questionne la pertinence des grands projets d’infrastructure et notamment celle de ce tunnel qui doit coûter plusieurs milliards.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Dans le contexte actuel, beaucoup de choses sont appelées à changer. Une réflexion collective sérieuse doit avoir lieu sur les grands projets », explique Jean-François Gosselin en entrevue à La Presse.

Déjà très critique du projet de tramway, le chef du parti Québec 21 émet désormais également des doutes sérieux au sujet du troisième lien. La pandémie va plomber les finances publiques et pourrait engendrer une baisse des déplacements dans la région, croit-il.

« Il faut se poser des questions. Il faut réfléchir. Il faut requestionner la pertinence autant du tramway que du troisième lien », dit-il.

Cette remise en question n’est pas banale. L’homme a longtemps été un promoteur ardent et inconditionnel du troisième lien, ce tunnel entre Québec et Lévis.

« Un vote pour Jean-François Gosselin, c’est un vote pour le troisième lien à l’est », avait déclaré l’adversaire de Régis Labeaume lors de la campagne électorale municipale de 2017. Il avait même déclaré que le scrutin était un référendum sur la pertinence de cette nouvelle autoroute.

Élu chef de l’opposition officielle, il s’est toujours montré très critique envers le projet de tramway cher au maire Labeaume, réclamant un référendum, tout en vantant les mérites d’un troisième lien.

Mais dans les derniers mois, l’enthousiasme de M. Gosselin pour ce tunnel a diminué. La décision du gouvernement Legault en janvier d’axer le tunnel entre les deux centres-villes, plutôt qu’à l’est, ne l’a pas enchanté. Le gouvernement présentait alors le tunnel comme intimement lié au projet de tramway.

Maintenant, explique Jean-François Gosselin, la grave crise de santé publique qui secoue le Québec et le monde force à remettre en question ce projet de plusieurs milliards.

Selon lui, la montée en flèche du télétravail pourrait réduire l’achalandage tant du troisième lien que du tramway. « Les habitudes des gens vont changer », dit-il.

Le gouvernement devra aussi faire des choix budgétaires difficiles, note-t-il. Il estime qu’investir dans les CHSLD serait peut-être plus judicieux.

« Quelles seront nos priorités dans les prochaines années ? Il n’y a pas juste le transport, il y a la santé et nos aînés. Il faudra faire des choix avec l’argent des contribuables. Moi je pense que les gens sont d’accord avec l’idée de prendre soin de nos aînés. »

Le tunnel entre Québec et Lévis n’a pas encore été chiffré par le gouvernement Legault. Le projet de réseau structurant doit quant à lui coûter 3,3 milliards.

Le chef de l’opposition à l’hôtel de ville de Québec pense qu’une sérieuse réflexion doit avoir lieu. « Ce qui me dérange dans le contexte actuel c’est que la réflexion n’est pas faite », croit-il.

Investir en transport pour relancer l’économie

Les soutiens pour le troisième lien restent toutefois importants dans la région. Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, invite le gouvernement à accélérer la mise en chantier du tunnel pour fouetter l’économie de la région.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, initialement peu enthousiaste à l’idée d’un tunnel à l’est, s’est rallié en janvier quand le tracé a été ramené au centre-ville dans l’axe du tramway.

Le gouvernement a réitéré à la mi-mars son intention d’aller de l’avant avec les projets d’infrastructures comme le troisième lien et le tramway malgré la pandémie. « Il n’est pas question de retarder quoi que ce soit, c’est le contraire », avait déclaré le premier ministre François Legault.

Le gouvernement du Québec estime que ces investissements pourront aider à relancer une économie plombée par la crise. Rappelons que la Coalition avenir Québec s’est engagée à réaliser la première pelletée de terre du projet d’ici la fin de son premier mandat, en 2022.