Le bilan du massacre de Nouvelle-Écosse aurait été encore plus lourd sans l’intervention de la gendarme Heidi Stevenson, qui a dépossédé le tireur de son véhicule trafiqué avec lequel il aurait leurré certaines victimes, a appris La Presse. Une ex-conjointe du tueur et son nouvel ami de cœur seraient au nombre des 22 victimes de la rage meurtrière du tireur de la Nouvelle-Écosse.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Les raisons qui ont poussé un denturologiste de 51 ans à commettre une vingtaine de meurtres dans la nuit de samedi à dimanche, dans un secteur rural de la Nouvelle-Écosse, n’ont toujours pas été dévoilées par la GRC. Or, des informations obtenues par La Presse laissent croire que sa vie sentimentale ne serait pas étrangère à sa folie meurtrière.

Durant sa cavale, l’homme de 51 ans se serait rendu à la demeure de son ex-conjointe. Il les aurait assassinés, son nouvel ami de cœur et elle, selon une source au fait du dossier. Cette information circule dans les médias néo-écossais depuis dimanche, mais la GRC ne la commente pas. CNN a aussi rapporté que « l’incident aurait été déclenché par un épisode de violence conjugale dans une maison de Portapique, où Wortman essayait de retrouver son ex ».

« Certaines victimes étaient connues de Gabriel Wortman [le suspect] et ont été ciblées, alors que d’autres n’étaient pas connues du suspect », s’est bornée à déclarer la GRC au sujet des victimes.

Une adolescente de 17 ans, tuée avec ses parents, figure au nombre des victimes. Les autres sont toutes adultes. Parmi elles, un père et une mère, qui auraient été exécutés alors que leurs enfants étaient à l’intérieur de la maison.

« Je ne peux pas confirmer si les enfants ont vu ou pas ce qui s’est passé », a indiqué notre source.

Une autre des victimes, l’infirmière Kristen Beaton, était enceinte de son deuxième enfant et prévoyait l’annoncer à ses proches lors d’une fête, cette fin de semaine, a confié son mari, Nick Beaton, à CTV News. Il raconte qu’il lui a parlé au téléphone pour lui dire d’être prudente sur la route parce qu’une chasse à l’homme était en cours. Il l’a ensuite informée par texto que le tueur circulait dans une voiture de police et l’a exhortée à ne s’arrêter sous aucun prétexte. Elle n’a jamais lu son message.

Des victimes leurrées

Selon des informations colligées par La Presse, le tueur, au volant de son véhicule trafiqué, pourrait avoir agi tel un policier et intercepté des civils. Quand ces derniers se rangeaient en bordure de route, Wortman les exécutait. La GRC confirme examiner cette hypothèse.

« C’est un aspect de l’enquête dont nous ne sommes pas certains pour l’instant. Ça nous préoccupe et nous étudions la question de très près », a répondu le surintendant principal Chris Leather, lors du point de presse de la GRC, mercredi.

Plus de trois jours après les évènements, le corps policier refuse toujours de donner quelque détail que ce soit sur l’itinéraire précis et le modus operandi du tueur, mais promet que ça viendra.

« Le fil des évènements avance progressivement. […] Nous craignons de dévoiler des informations qui ne sont pas exactes », a justifié M. Leather, officier responsable des enquêtes criminelles pour la GRC en Nouvelle-Écosse.

PHOTO TIM KROCHAK, LA PRESSE CANADIENNE

Le surintendant principal de la GRC, Chris Leather

La policière est restée coincée

Sans l’intervention de la gendarme Heidi Stevenson, atteinte mortellement par le tireur, le bilan aurait probablement été encore plus lourd, a appris La Presse. C’est elle qui aurait forcé le tueur à abandonner sa fausse voiture de police. « Elle est une héroïne. Elle a mis hors jeu l’avantage qu’il avait [sur la police] : son véhicule », estime une source au fait des évènements.

Selon nos informations, les agents de la GRC Heidi Stevenson et Chad Morrison travaillaient dans deux véhicules distincts, dimanche. Chad Morrison serait le premier des deux à avoir croisé la route du tueur. Heidi Stevenson, qui se trouvait à trois kilomètres de là, est allée rejoindre son collègue en renfort. Les voitures de la policière et du suspect sont entrées en collision. 

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

La gendarme Heidi Stevenson, abattue par le tireur

« Je ne peux pas dire qui a heurté qui, mais il y a eu une collision, un échange de coups de feu, et c’est lors de ces évènements-là qu’il a exécuté Heidi Stevenson », a détaillé notre source.

Une autre source confirme que c’est à ce moment que la policière a perdu la vie. Le tueur serait sorti sans difficulté de son véhicule accidenté, alors que la portière du véhicule de la policière était coincée. Lorsqu’elle s’est glissée sur le siège du côté passager pour tenter de s’extirper de son véhicule de service, le tireur l’a exécutée. Le tueur a ensuite poursuivi sa route au volant d’un VUS volé. Il a été intercepté peu après, puis abattu.

« Nous ne commenterons pas cet évènement puisqu’il implique des policiers et que cette enquête a été confiée au SiRT [Serious Incident Response Team] », a répondu l’officier Leather sur le déroulement de cette séquence. 

Chad Morrison s’en est tiré avec des blessures et a obtenu son congé de l’hôpital lundi.

PHOTO TIM KROCHAK, REUTERS

À Enfield, en Nouvelle-Écosse, une figurine évoquant la gendarme Heidi Stevenson, abattue par Gabriel Wortman le week-end dernier, a été ajoutée à un mémorial érigé en l’honneur des victimes.

Du renfort pour l’enquête

Le bilan des victimes est resté à 22 — en excluant le tireur —, mercredi. Les autorités ne peuvent pas encore établir combien d’entre elles ont été tuées par balle, notamment en raison de l’état de certains corps. Mardi, les autorités ont confirmé que des restes humains avaient été découverts sur des sites incendiés. Plus de cinq bâtiments ainsi que des véhicules calcinés ont été reliés aux évènements. Des victimes ont été trouvées à Wentworth, Debert, Shubenacadie/Milford et Enfield, en Nouvelle-Écosse ; au total, 16 scènes de crime doivent être analysées.

« L’enquête est complexe et prendra du temps. Les Néo-Écossais ont beaucoup de questions sur ce qui s’est passé, comment ça s’est passé et pourquoi ça s’est passé. Nous avons les mêmes questions », a déclaré Chris Leather.

La GRC a informé qu’elle avait demandé du renfort, notamment pour de l’équipement auprès des Forces armées canadiennes, des corps policiers d’autres provinces et de ses partenaires fédéraux, pour mener ses enquêtes. Elle a aussi confirmé que le tireur portait un uniforme authentique, qu’il ne possédait pas de permis de possession d’arme à feu au Canada et qu’il avait agi seul. L’enquête devrait déterminer s’il avait obtenu de l’aide avant de passer à l’acte.

Twitter plutôt qu’une alerte

La GRC s’est tournée vers Twitter pour transmettre des mises à jour durant la chasse à l’homme, dimanche matin, alors que le consulat des États-Unis à Halifax envoyait des alertes par courriel à ses ressortissants pour les prévenir du danger. Aucune alerte d’urgence n’a été transmise par le truchement des téléphones portables et des téléviseurs des Néo-Écossais, comme en cas d’orages violents, par exemple. En conférence de presse, mercredi, le surintendant principal de la GRC Chris Leather a rappelé que la police avait reçu un premier appel pour des coups de feu à Portapique à 22 h 26 samedi soir. Une fois arrivés sur place, les policiers ont déterminé qu’il y avait eu homicide, mais ils ne se sont rendu compte que dimanche matin, à 8 h 02, que le suspect avait quitté le périmètre établi, a expliqué l’officier de la GRC. Le Bureau des mesures d’urgence a contacté la GRC à 10 h 15 pour discuter d’une alerte à la population, et la police fédérale était en train de préparer un message d’alerte lorsque le suspect a finalement été abattu par les policiers près de deux heures plus tard, a indiqué M. Leather. — La Presse canadienne