Alors qu’il y a eu une pluie abondante lundi, les mesures visant à limiter les dégâts des inondations s’organisent au Québec. Mais le contexte de la pandémie rend la tâche plus délicate encore cette année.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

À Laval, Gatineau et Pointe-Calumet, on se veut créatif cette année, sachant que des armées de bénévoles, par exemple, ne pourront se serrer les coudes en remplissant des sacs côte à côte.

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, admet que la pandémie lui donnera du fil à retordre s’il devait encore vivre des inondations printanières dans sa région. Que ce soit pour l’aide aux sinistrés ou le protocole d’évacuation, son équipe a déjà dressé une liste de ce qu’il faudrait envisager comme mesure pour respecter la consigne d’éloignement social exigée par le gouvernement Legault.

« Juste au niveau de nos précieux bénévoles, il y aurait une réduction spectaculaire ! Parce qu’on ne pourrait pas leur demander de se retrouver 400 dans un aréna pour produire des sacs de sable », lance le maire.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

La digue permanente à Pointe-Calumet, près du lac des Deux Montagnes

De son côté, la municipalité de Pointe-Calumet, voisine de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, a prévu le coup en commandant 3000 sacs de sable « préremplis » : « ça fait partie du plan que nous avons élaboré pour ne pas mettre les citoyens en contact les uns avec les autres », explique la mairesse, Sonia Fontaine. De plus, 15 000 autres sacs de sable, non remplis, sont aussi prêts à être distribués si la situation l’exigeait.

« Je vous avoue qu’on surveille la situation d’heure en heure. Mais pour le moment, nous sommes confiants que nous ne vivrons pas d’inondation », a conclu la mairesse de Pointe-Calumet.

Pression sur les villes

La COVID-19, qui met déjà une pression énorme sur les villes, les empêche également de prévoir les mesures d’aide habituelles. Les citoyens ne pourront être relocalisés dans des hôtels, par exemple.

Reconnaissant qu’elle ne pourrait déployer une aide similaire à l’an dernier, la Ville de Laval a fait savoir à ses citoyens qu’ils devront se trouver eux-mêmes une solution d’hébergement en cas d’évacuation.

En plus de la pandémie, il ne faudrait pas être pris avec des inondations. On sent déjà de la détresse psychologique chez des citoyens au chômage. Imaginez si on leur ajoute des inondations.

Sandra Desmeules, responsable des dossiers de sécurité civile à la Ville de Laval

Déjà, à Laval, on est sur le qui-vive. Les fortes pluies et la fonte des neiges risquent de provoquer des inondations sur son territoire. Mais on dit avoir appris des inondations de 2017 et 2019 : on connaît mieux les endroits névralgiques et les mesures nécessaires pour minimiser les risques d’embâcles et d’inondations.

Ainsi, 41 résidences se trouvant aux abords de la rivière des Prairies et de la rivière des Mille Îles ont reçu des sacs de sable dans les derniers jours. Et d’ici mercredi matin, 100 autres adresses en accueilleront.

« On veut être préparés »

Les citoyens ont le mandat de construire « le plus rapidement possible » un muret avec les deux palettes de sacs de sable que la Ville a livrées devant leur domicile, explique Sandra Desmeules, responsable des dossiers de sécurité civile à la Ville de Laval.

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Une digue temporaire de plus de 1 kilomètre a été installée à Laval-Ouest, le long de la rue Riviera, la semaine dernière.

Une digue temporaire de plus de 1 kilomètre a aussi été installée à Laval-Ouest, le long de la rue Riviera, la semaine dernière.

« Normalement, dans les zones les plus à risque, la Ville fait du porte-à-porte pour expliquer aux citoyens comment ils doivent se préparer. Mais avec la pandémie, on est en mode créatif », ajoute Mme Desmeules. À défaut de recevoir les informations en personne, les résidants de la couronne nord ont ainsi reçu la directive de s’abonner aux communications électroniques de la Ville pour être au courant des dernières nouvelles.

À Gatineau, pour le moment, tout porte à croire qu’il n’y aura pas d’inondations dans la région, selon le maire Pedneaud-Jobin. « Mais on fait comme si, parce qu’on veut être préparés, si c’est le cas. »

L’an dernier, la rupture de la digue à Sainte-Marthe-sur-le-Lac avait provoqué une inondation majeure, et des milliers de citoyens avaient dû évacuer leur résidence. Une nouvelle digue a été construite l’automne dernier, un mètre et demi plus haut que la précédente.

La mairesse Sonia Paulus est sans équivoque : « Il n’y a aucune, aucune, aucune chance d’inondation cette année. »

Malgré la pluie abondante des 24 dernières heures, elle affirme que le niveau de l’eau était plus bas lundi que samedi dernier, signe que la situation est maîtrisée et que ses résidants n’ont pas de raison de s’inquiéter.

« Je suis soulagée ! Surtout que la COVID-19, c’est très contraignant. Je ne nous vois pas faire des sacs de sable en respectant la distanciation et en demandant à chaque citoyen d’apporter sa propre pelle », dit Mme Paulus.