Les Mohawks ont annoncé jeudi après-midi qu’ils levaient leur campement du chemin de fer de Kahnawake pour le déplacer vers un espace vert au sud du pont Mercier « en geste de bonne foi ». Ils ont tenu leur point de presse en plein milieu de la route 132, bloquant le passage à la circulation routière pendant une quinzaine de minutes.

Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Après plus de trois semaines de blocus, les trains de banlieue Candiac-Montréal et ceux de marchandises du Canadien Pacifique (CP) pourront rouler à nouveau sur ce tronçon de voie ferrée. Aucune annonce n’a toutefois été faite concernant la date et l’heure de la reprise du service.  

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« À l’heure actuelle, nous n’avons reçu aucune indication de la part du CP à l’effet que nos trains seront autorisés à circuler à nouveau dans les prochaines heures et nous ne pouvons garantir l’heure de la reprise du service », a indiqué Catherine Maurice, porte-parole d’Exo, lors d’un entretien téléphonique. Elle a toutefois précisé qu’aussitôt que l’autorisation de circuler sera accordée, Exo sera en mesure d’offrir rapidement le retour du train de banlieue. Le Canadien Pacifique n’a pas répondu à nos nombreuses demandes d’entrevues.

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Un peu avant 13 h, à Kahnawake, un porte-parole a demandé aux médias de se déplacer vers le terre-plein au centre de la 132. Un cortège de 10 voitures et d’une quarantaine de manifestants a alors bloqué la route. Ces derniers ont interprété des chants traditionnels et brandi des drapeaux iroquois. « Nous en sommes venus à une décision, a déclaré Roxann Whitebean, à l’avant du convoi.  Nous allons relocaliser notre feu sur un espace vert, loin du chemin de fer. Nous voulons que le feu soit visible de tous ceux qui passeront par le pont Mercier tant et aussi longtemps que la communauté de wet’suwet’en aura besoin de nous. »

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Plus tôt, cette même manifestante a exigé que la Gendarmerie royale du Canada se retire des territoires autochtones.

Dans un communiqué de presse, Joe Norton, le Grand chef de Kahnawake, a affirmé être convaincu que les actions posées par les Mohawks de sa communauté ont aidé à réunir le gouvernement et les chefs héréditaires de wet’suwet’en à une table de négociation. « Même en 2020, il semble que ça prenne une crise pour que le gouvernement s’engage véritablement », a-t-il souligné.

Le premier ministre François Legault s'est par ailleurs montré satisfait sur Twitter de l'issue du conflit.

Levée de barricade à Listuguj

À Listuguj, les manifestants micmacs ont décidé de lever la barricade en après-midi, jeudi. «C'est un immense soulagement», a commenté Luc Lévesque, directeur général de la Société du chemin de fer de la Gaspésie.

Après près d'un mois, les trains pourront recommencer à rouler dans la région. Une équipe était en direction de la voie ferrée en fin d'après-midi, pour procéder au déneigement de la voie et à l'inspection. Le transport ferroviaire devait pouvoir se remettre en marche jeudi soir ou vendredi, selon M. Lévesque, qui estime à un demi-million les pertes liées au blocage.

S'il croit pouvoir récupérer une partie de cet argent, il s'inquiétait jeudi de pertes futures de contrats. «On ne veut pas revivre ça, a-t-il précisé. Il va falloir entamer des dialogues avec les communautés, en rétablissant les ponts.»

Le projet Coastal GasLink

La barricade sur le chemin de fer de Kahnawake a été érigée le 10 février dernier en réaction au projet de gazoduc Coastal GasLink. Le tracé doit passer par le territoire traditionnel des Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique.

Dimanche, la communauté wet’suwet’en et le gouvernement fédéral sont arrivés à une entente. Cet accord doit toutefois être présenté à la communauté avant d’être ratifié.  

Dans leur point de presse, les Mohawks de Kahnawake ont indiqué qu’ils surveilleraient les développements à Wet’suwet’en. « Dépendant des décisions du Canada, nous sommes prêts à réagir et nous allons nous assurer que les droits des Autochtones ne seront plus violés », a dit Mme Whitebean.

Avec Janie Gosselin, La Presse