Je n’ai rien contre le véganisme.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

En fait, je trouve que c’est un projet alimentaire, un projet de vie, de société qui se défend, si on le pratique de façon cohérente.

On choisit de ne pas achaler les bœufs, les abeilles, les poules, les poissons, les mouches, les moustiques et tutti quanti pour se nourrir…

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le restaurant Vin Mon Lapin est l’un des établissements montréalais récemment ciblés par des tenants de la cause antispéciste.

On choisit de respecter les êtres vivants. De leur vouer un respect tel qu’on est prêt à se priver de toutes sortes d’aliments qui font partie des diètes traditionnelles des humains depuis toujours.

C’est radical, mais pourquoi pas ?

Après tout, on n’a pas besoin de manger plus de gras, plus de sucre, plus de tout. Comme société occidentale, on a plutôt besoin de moins se nourrir pour mieux prendre soin de sa santé.

Surtout que souvent, on élève cette nourriture animale en démolissant la planète. En créant des systèmes industriels qui ressemblent à des cercles vicieux d’OGM, de pesticides, d’engrais chimiques. Si on regarde le tout de façon globale, on réalise qu’on vide nos sols de leurs ressources pour produire un type de nourriture – de la viande, des sucres raffinés – qui participe aux maux minant notre santé : embonpoint, diabète, problèmes coronariens, cancers…

Et une alimentation à base de plantes comme le préconisent les véganes, si elle est bien conçue et savoureuse, peut s’avérer une solution de rechange heureuse à nos excès carnivores.

Demandez à vos chefs préférés, ceux qui savent cuisiner, de préparer des plats exclusivement à base de plantes et vous vous régalerez. Légumes, fruits, grains, huiles végétales… Il y a de quoi faire le souper. Avec plein de protéines, de vitamines et tout ce qu’il faut.

Et si on prend soin, en plus, de cuisiner avec des ingrédients locaux – pour éviter la pollution du transport –, bios ou au moins cultivés de façon naturelle, par des gens bien payés, qui travaillent dans de bonnes conditions, on a là une formule alimentaire, ma foi, presque angélique.

Et ceci n’a rien d’extraterrestre ou de nouveau.

Les plus logiques de tous les véganes sont probablement ceux qui pratiquent le jaïnisme, et cette religion date du Xe siècle. Chez les jaïns, on respecte tellement les êtres vivants qu’on balaie le sol pour ne pas marcher sur des fourmis, on se protège au moyen de masques pour ne pas respirer de moucherons, on ne mange pas de légumes racines pour ne pas tuer les vers de terre et autres êtres vivants dans le sol en arrachant le repas.

Tout ça a du sens.

Par contre, ce qui n’en a pas, de sens, mais alors là aucun, ce sont les attaques de militants véganes qui ont décidé de viser des établissements comme Joe Beef, Vin Mon Lapin, Le petit abattoir, le Manitoba ou le Pied de cochon. En faisant soit des manifestations, soit du vandalisme, comme on l’a vu depuis quelques semaines. (À noter que je parle ici des gestes contre les restaurants, pas ceux contre la porcherie de Saint-Hyacinthe, objet d’une comparution de militants hier.)

***

À Montréal, il y a des centaines de restaurants. Mais il n’y a pas des centaines de chefs qui travaillent de façon respectueuse de l’environnement, du terroir, de nos producteurs, des animaux.

Les chefs et propriétaires des établissements visés par les militants ces derniers temps font tous partie de ceux qui travaillent de façon intelligente avec leurs fournisseurs.

Et qui font la promotion des méthodes artisanales en alimentation, donc des meilleures façons de faire pour respecter les bêtes, l’environnement, le terroir, notre culture.

Si vous fréquentez ces établissements, vous savez qu’on vous sert le porc d’untel, qui chante presque des berceuses à ses bêtes le soir, ou le miel d’un autre, qui n’utilise jamais de produits chimiques et dont les produits sentent la campagne, les fraises de cet agriculteur qui se refuse à tout pesticide ou l’agneau de cette ferme où chaque bête est quasi nourrie à la cuillère, et que le thon rouge servi aujourd’hui ou hier a été pêché à la ligne, pas n’importe comment, et surtout pas par des bateaux de pêche industrielle qui se moquent de mettre en péril la ressource.

Il est absolument insensé de s’en prendre en premier à ces restaurants pour faire la promotion du véganisme.

Je ne dis pas qu’ils ne servent pas de viande.

Je dis qu’ils devraient être les toutes dernières cibles, après tous les McDo, Burger King, Ashton, Belle Province, Wendys, et autres fast-food et chaînes carnivores du monde entier, après tous les acteurs d’un système agro-industriel infiniment plus irrespectueux des animaux, des plantes, de la santé de la planète et même des humains, que les petits établissements indépendants visés.

Chers véganes, si vous voulez vous battre contre la dérive totale de notre système alimentaire, peut-être avec raison, identifiez les bonnes cibles, au moins.

Parce que pendant que les gens de Vin Mon Lapin ou du Manitoba essaient de déprendre leurs serrures de la colle que vous y avez versée, que Joe Beef ou le Pied de cochon digèrent vos frasques, des milliers de bêtes élevées dans des conditions non seulement terribles pour elles, mais pour nos sols et notre air et nos gens sont tuées pour alimenter des chaînes dont l’unique but est de faire des profits, sans égard pour les conditions de vie des travailleurs, nos papilles gustatives, notre culture ou notre santé.

Et franchement, si vous n’avez pas compris ça, pour qui travaillez-vous ? Que recherchez-vous au juste ?

On aimerait un peu de cohérence. À point.