Le mercredi 8 janvier 2020, l’écrasement d’un avion de ligne ukrainien à peine quelques minutes après son décollage a fait 176 victimes. La date restera à tout jamais gravée dans la mémoire d’Armin et d’Arash Morattab. Leur frère Arvin Morattab et sa femme, Aida Farzaneh, ont perdu la vie dans cette tragédie causée par un missile iranien.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Établis au Québec depuis l’automne 2011, ils achevaient un doctorat à l’École de technologie supérieure. Le couple habitait d’ailleurs tout près de l’établissement. La disparition d’Arvin Morattab, 36 ans, et d’Aida Farzaneh, 34 ans, laisse un vide incroyable dans la vie de leurs familles, atterrées.

« C’est un moment de grande tristesse pour nous, mais aussi de colère », admet Armin Morattab à La Presse dimanche après-midi, dans son appartement de Griffintown, au centre-ville de Montréal. La colère, elle est destinée au gouvernement iranien. « Ils ont d’abord tenté de cacher la vérité, pour ensuite admettre avoir abattu l’avion », poursuit le frère jumeau de la victime.

L’annonce de l’attaque américaine ayant causé la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani avait mis Arash Morattab, frère de la victime, en état d’alerte. Il s’inquiétait d’une réaction imminente de la part de l’Iran. « J’ai prévenu mon frère qu’il pourrait y avoir des changements dans son vol de retour, qu’il devait faire attention parce que le contexte politique est très, très mauvais. »

Malgré les commentaires rassurants de son frère par texto, il restait nerveux. C’est sur Twitter qu’il apprend la nouvelle d’un écrasement d’avion. « Tout d’un coup, je suis devenu blanc. C’était le seul vol ukrainien en Iran pour Kiev », se remémore Arash Morattab, qui a vécu à Montréal, mais réside maintenant à Toronto. « J’ai pris le premier autobus pour rejoindre Armin ici, à Montréal. Même aujourd’hui, je me souviens à peine de ce trajet. »

De nombreuses informations sur la catastrophe circulaient sur les réseaux sociaux. Les deux frères les lisaient avec appréhension et guettaient leurs écrans de télévision avec angoisse. Peu à peu, ils réalisent avec horreur que leur plus grande peur s’est concrétisée : il s’agit bien du vol 752. Leur frère et leur belle-sœur font partie des victimes. 

La nouvelle les a laissés sous le choc. Arvin et Aida formaient un jeune couple ambitieux et tourné vers l’avenir, selon leur famille.

Lorsque le New York Times a confirmé qu’un missile iranien avait heurté le véhicule aérien, leur douleur d’avoir perdu deux êtres chers s’est transformée en rage.

« Le plus dur, c’était d’entendre les mensonges du gouvernement iranien les jours suivant la catastrophe. Ils ont d’abord parlé d’un problème technique », lance Arash Morattab d’un ton plein de reproches.

Le président de l’Iran, Hassan Rouhani, a fini par reconnaître samedi qu’un missile avait bel et bien abattu le vol d’Ukraine International Airlines après son départ de l’aéroport de Téhéran. L’armée iranienne a déclaré que l’avion avait été confondu avec un missile.

La tragédie survient sur fond de crise politique. « C’est triste. Les passagers n’ont pas posé d’actes politiques. Ce sont d’innocentes victimes », indique Arash Morattab.

« Quand le gouvernement iranien a admis avoir abattu l’avion par erreur, c’était comme apprendre que mon frère était mort pour la deuxième fois. Comment pouvez-vous justifier cet acte en disant qu’il s’agit d’une erreur ? Nous sommes en contexte de guerre. Pourquoi ne pas avoir annulé le vol ? », se demande quant à lui Armin Morattab. Une enquête exhaustive sera l’unique façon pour la famille de faire son deuil, ajoute-t-il.

Les deux frères souhaitent que la communauté internationale creuse cette histoire. « Rien ne pourra ramener notre frère et sa femme. Mais nous demandons justice. En Iran, il n’y en a aucune, et plusieurs tragédies passent sous silence. »

« Cette fois-ci, les médias du monde entier ont les yeux tournés vers ce drame, qui a coûté la vie à de nombreux citoyens canadiens et européens, plaide Armin Morattab. Ils [le gouvernement iranien] ne peuvent plus rien cacher. Nous croyons avoir beaucoup de soutien de la communauté internationale pour que les coupables soient tenus responsables. »

Selon lui, cette situation met en évidence le manque de confiance envers le régime iranien qui règne au sein de la diaspora. Le dossier doit faire l’objet d’une enquête approfondie menée par tous les acteurs importants à l’international. « Notre priorité, c’est que le gouvernement du Canada continue de nous aider et fasse pression pour que ce fiasco ne tombe pas dans l’oubli », insiste Armin Morattab.