La Sûreté du Québec affiche son meilleur bilan routier de la décennie 2010. Son chef de la sécurité routière, Paul Leduc, explique comment le corps policier en est arrivé à ces résultats encourageants.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

« Un record historique »

Les données provisoires du bilan routier de 2019 pour le territoire desservi par la Sûreté du Québec font bonne figure. Le nombre de collisions mortelles est en baisse. Des véhicules plus sécuritaires, des campagnes de prévention, le déploiement accru d’effectifs expliquent en partie ce constat encourageant. Mais selon le capitaine Paul Leduc, chef de la sécurité routière à la Sûreté du Québec, un « travail policier exceptionnel » a permis de tels résultats. En 2019, 216 collisions mortelles ont eu lieu sur la route. Elles ont fait 232 morts, un record historique pour la Sûreté du Québec (SQ). « Le record avait déjà été atteint en 2014 en termes de collisions mortelles, mais avec plus de décès. C’est un chiffre très, très bas », se réjouit M. Leduc.

La décennie routière en chiffres

• 2019 : 232 décès, 216 collisions mortelles
• 2018 : 252 décès, 237 collisions mortelles
• 2017 : 268 décès, 243 collisions mortelles
• 2016 : 260 décès, 240 collisions mortelles
• 2015 : 274 décès, 244 collisions mortelles
• 2014 : 238 décès, 216 collisions mortelles
• 2013 : 283 décès, 265 collisions mortelles
• 2012 : 320 décès, 284 collisions mortelles
• 2011 : 329 décès, 300 collisions mortelles
• 2010 : 347 décès, 298 collisions mortelles

Quelques avancées législatives

• 2018 : Refonte du Code de la sécurité routière, conséquences plus sévères pour la distraction, légalisation du cannabis
• 2015 : Ajout de 39 appareils de radars photo
• 2013 : Augmentation de l’amende pour excès de vitesse
• 2012 : Corridor de sécurité, Alcoolémie zéro
• 2011 : Amendes doublées dans les zones de travaux
• 2010 : Cours de conduite de nouveau obligatoire, nouvelles mesures de saisies de véhicules

Nouvelle décennie, nouvelles stratégies

La dernière décennie a été marquée par une nette diminution des morts dues à des accidents de la route sur le territoire couvert par la SQ, où surviennent 70 % des collisions mortelles au Québec. Le bilan des morts est passé de 340 (2010) à 232 (2019). « On travaille différemment. Maintenant, on adapte nos stratégies : l’étude des causes des accidents permet de cibler les opérations et d’adapter les effectifs », explique M. Leduc. Aujourd’hui, un chef de poste à la SQ possède des outils lui permettant d’analyser toutes les collisions. Les endroits névralgiques peuvent être détectés avec précision et il peut voir en temps réel sur quoi travaillent les policiers. « On peut maintenant dire : on doit faire l’opération à cet endroit, à une heure précise et cibler cette cause. »

Drogue, alcool et vitesse

Les excès de vitesse dominent le palmarès des causes d’accidents mortels. Ils sont responsables de près du tiers des collisions mortelles, soit 29 %. La conduite avec facultés affaiblies revient en force et représente 10,2 % des collisions ayant coûté la vie aux usagers du réseau routier québécois. Même si bien du chemin a été fait au cours des 30 dernières années en matière de prévention, 17 personnes se font stopper chaque jour par les policiers de la SQ pour conduite avec facultés affaiblies, insiste M. Leduc. « On est mieux outillés. On a formé tous nos policiers sur les épreuves de coordination de mouvement, les trois tests administrés sur le terrain pour détecter la consommation. » La distraction, dont l’utilisation du téléphone au volant, est en cause dans 7,9 % des accidents mortels. Un geste aussi simple que le port de la ceinture de sécurité a un lien direct avec les conséquences d’une collision, peu importe sa cause. En 2019, 25 victimes ne portaient pas leur ceinture de sécurité au moment de l’accident, rapporte la SQ. « En 2018, on parlait de 45 victimes. C’est encore un problème, on le voit trop souvent. » Bref, les facteurs d’accident se trouvent trop souvent derrière le volant. « Il y a tout de même une certaine prise de conscience chez les gens, qui se responsabilisent », juge Paul Leduc.

Plus de radars photo

Les radars photo donnent des résultats extraordinaires et sont essentiels, poursuit le capitaine. D’ici les trois prochaines années, l’augmentation du nombre d’appareils contribuera à l’amélioration du bilan routier, pense-t-il. « Pour qu’il y en ait partout, ça prendrait bien sûr une certaine acceptabilité sociale, mais ils font baisser la vitesse des conducteurs. Ça libère les policiers pour travailler sur autre chose. L’avenir est dans ce contrôle automatique. »

Vigilance constante

La journée de la semaine où les collisions sont les plus fréquentes ? Le jeudi, précise M. Leduc. Quand surviennent-elles ? Durant la journée, particulièrement entre midi et 15 h 59. « On aurait tendance à penser au vendredi soir ou au samedi, mais non. On déploie donc plus d’effectifs le jeudi à ces heures. Ça fait partie de nos stratégies. » Les périodes de longs congés présentent toujours des enjeux pris très au sérieux. « Les deux semaines de la construction sont les plus meurtrières au Québec, tout le temps », confirme M. Leduc. Ces données démontrent l’importance de rester vigilants en tout temps et de ne pas se fier aux croyances populaires.

Mesures dissuasives

On peut faire tout le travail de prévention qu’on veut, les études démontrent que sans interventions policières, il ne peut y avoir de gains en sécurité routière, insiste M. Leduc. « Quand un policier vous remet une contravention pour de la vitesse, votre comportement est modifié pour une période plus longue, soit en moyenne 90 jours. Si on vous intercepte sans conséquence, l’avertissement n’aura pas du tout le même effet. L’impact psychologique et financier est moins grand. » C’est pourquoi en 2020, les efforts mis sur les opérations policières ciblées se poursuivront.