Les heures passées chaque jour sur les réseaux sociaux et la popularité des égoportraits peuvent laisser croire que les gens sont plus narcissiques qu’avant. Mais une nouvelle étude réalisée auprès d’étudiants au Canada et en Australie montre au contraire que le narcissisme est plutôt en baisse depuis dix ans.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Époque du « je »

Nous vivons à l’époque du « je », époque où les photos de notre dernier voyage ou de notre plus récente coupe de cheveux sont partagées, aimées, discutées. Comment ne pas conclure que nous n’avons jamais été aussi narcissiques ? Une analyse réalisée auprès de plus de 24 000 personnes au Canada et en Australie montre que le narcissisme est plutôt en baisse depuis 2008. « Ça nous a surpris, parce que l’idée qui est dans l’air du temps veut que le narcissisme soit en hausse, indique en entrevue Takeshi Hamamura, chargé de cours à l’École de psychologie de l’Université Curtin à Perth, en Australie, et coauteur de l’étude. Certaines études américaines controversées avaient montré une hausse du narcissisme chez les jeunes depuis 1970, mais d’autres études ont conclu que cette hausse était due à des erreurs méthodologiques. Au Canada et en Australie, nos recherches pointent plutôt vers une diminution. »

À la baisse

Les chercheurs ont compilé les résultats de 69 études canadiennes rejoignant 16 495 participants et de 33 études australiennes ayant 8495 participants. Les études qu’ils ont analysées se sont penchées sur l’inventaire de la personnalité narcissique (IPN), un test qui mesure le narcissisme chez un individu. Ils ont ensuite comparé ces résultats avec deux études récentes réalisées au Canada (2016) et en Australie (2019) auprès d’étudiants. « Nos résultats font état d’une diminution du narcissisme au Canada et d’une tendance à la baisse en Australie », écrivent les chercheurs dans leur étude « Narcissism over time in Australia and Canada : A cross-temporal meta-analysis », publiée dans la revue scientifique Personality and Individual Differences.

Récession

L’une des causes pouvant expliquer la diminution du narcissisme au cours de la dernière décennie est le fait que les jeunes adultes ont vécu la crise économique de 2008-2009, et la récession subséquente, durant leurs années formatrices. « La recherche montre que les récessions économiques ont comme effet de faire diminuer le narcissisme dans le développement de la personnalité des jeunes adultes, note M. Hamamura. Ça étouffe le développement des tendances narcissiques. »

Réseaux sociaux

Il est séduisant de croire que l’utilisation des réseaux sociaux a créé toute une génération de jeunes adultes obsédés par leur propre personne et dont l’humeur dépend du nombre de « J’aime » qu’attire leur plus récente publication. Mais la recherche ne soutient pas cette hypothèse, note M. Hamamura. « L’influence des réseaux sociaux sur le développement de la personnalité et du bien-être psychologique est un domaine de recherche très actif. Mais les résultats dont nous disposons aujourd’hui ne permettent pas de mettre en évidence un lien entre l’utilisation des médias électroniques et une dégradation du bien-être psychologique. En fait, plusieurs études ont carrément contredit cette idée et n’ont trouvé aucun lien entre l’utilisation des réseaux sociaux et la dépression chez les adolescents. »