J’ai dans mes bras un bébé naissant. Tout beau. Tout rose. Il a vu le jour il y a quelques heures à peine. Et c’est impressionnant, le jour. Surtout la première fois. Alors, il a les yeux fermés. Il dort. Il se repose. Venir au monde est une grande odyssée. On traverse la mère pour y arriver.

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

Je le regarde. Il ne fait rien. Mais jamais quelqu’un qui ne fait rien n’a été regardé avec autant d’émerveillement. D’admiration. Il est là. C’est tout. Et c’est ça, son exploit. Être là. Entre des milliards. À partir de maintenant, le monde n’existe plus, sans lui. Et réciproquement.

C’est l’enfant de ma nièce Gabrielle et de son mari, Philippe. C’est leur premier. Il est chanceux. Il est bien tombé. Il sera aimé. Très aimé. Il a des parents au grand cœur. C’est le plus important. Il s’appelle Édouard. Il ne le sait pas encore. Il finira par l’apprendre. À force de se faire dire : « Je t’aime, Édouard », à longueur de journée. Il comprendra que c’est lui. Il voudra que ce soit lui.

PHOTO FOURNIE PAR STÉPHANE LAPORTE

Philippe et Gabrielle avec leur bébé, Édouard

Il en a des choses à comprendre, Édouard. À apprendre, aussi, bien sûr, mais quand on comprend, ça apprend tellement mieux. Et c’est en regardant ses parents aller qu’il apprendra la vie, qu’il comprendra sa vie. Il comprendra que pour les suivre, il faut apprendre à marcher. Il comprendra que pour qu’ils le comprennent, il faut apprendre à parler.

Ses parents lui montreront tout ce qu’ils veulent lui montrer : la gentillesse, le respect, la générosité, la joie et l’amour. Ils lui montreront aussi tout ce qu’ils ne veulent pas lui montrer : la méchanceté, la brusquerie, l’égoïsme, la tristesse et la haine. Sans le faire exprès. Indirectement. Inconsciemment. Maladroitement. De toute façon, si ce n’est pas eux, c’est le monde autour qui lui apprendra tout ça. Ce sera, à lui, à comprendre que le bien fait moins mal à celui qui le fait.

Il est toujours dans mes bras. Ses parents nous regardent, attendris. Je suis attendri, aussi. Mais un peu raide. J’ai comme le trac. Je suis un brin stressé. J’ai chaud. Je n’ai jamais rien eu d’aussi précieux dans les mains. Un être humain, âgé de 10 heures. Faut que je le tienne serré, pour ne pas l’échapper. Faut que je le tienne légèrement, pour ne pas l’écraser. Il dort toujours. Il a l’air bien. Je dois faire ça de la bonne façon. 

Je le regarde en souriant. Je sais que cette image m’accompagnera toute sa vie. Quand je le verrai, à 6 ans, jouer au hockey dehors, je repenserai qu’il n’y a pas si longtemps, il était gros comme un p’tit chat, dans une chambre du service de maternité de l’hôpital de Saint-Hyacinthe. 

Et quand je le verrai ado, à 14 ans, en train de jouer avec ses boutons de téléphone, je penserai encore qu’il n’y a pas si longtemps, il était comme un petit paquet d’amour, dans mes bras.

PHOTO FOURNIE PAR STÉPHANE LAPORTE

Stéphane Laporte et bébé Édouard

La naissance d’Édouard est le plus beau cadeau de Noël pour la famille Laporte. Celle qui se reçoit dans le temps des Fêtes. Mon frère, ma belle-sœur, leurs quatre filles, ma sœur, son chum. Depuis des années, on ne faisait qu’enlever des places à la table : nos tantes chéries, Laure et Marie-Laure, mon père et ma mère. 

Enfin, cette année, on ajoute quelqu’un. On accueille un nouveau membre. On arrête de soustraire. On additionne. Une nouvelle place qui prendra toute la place. On n’en aura que pour lui. Tout tournera autour de lui. Et c’est parfait ainsi. Ça fait presque 30 ans qu’on n’a pas passé nos veillées à faire des « gougougou » et des « gagaga ». À dire : « Oooh, il dort ! » À dire : « Oooh, il bouge sa main ! » À dire : « Oooh, il fait son p’tit rot ! » À dire « oooh » à n’importe quoi. Ça nous fera du bien de regarder un autre nombril que le nôtre.

Et dans quelques années, on lui parlera de sa merveilleuse arrière-grand-mère Nini, qu’il n’a pas connue, et de son arrière-grand-père et de ses arrière-grandes-tantes. Il s’en foutra probablement un peu. C’est si loin, des arrière, quand on a toute la vie devant nous. Ce n’est pas grave. Il les a tous en lui. 

Quand Gabrielle lui a donné la vie, elle lui a donné aussi tout l’amour qu’elle avait en elle. Dont celui de ses aïeux. C’est ton bagage, mon gars. Le sac d’amour reçu par ta mère, le sac d’amour reçu par ton père, c’est avec ça que tu commences, c’est par-dessus ça que tu ajoutes tout l’amour que tu recevras. 

Tu n’en auras probablement jamais assez. C’est normal. L’important, c’est que tu n’oublies pas que c’est de l’amour dont tu as besoin, et rien d’autre.

C’est bien beau tout ça, mais il est temps que je rende Édouard à Gabrielle. Cinq minutes loin de sa mère, quand tu es né depuis quelques heures, c’est une éternité. On se revoit dans quelques jours, mon petit bonhomme.

Joyeux Noël, Édouard !

La vie est dure, tu verras.

Mais tu as déjà commencé à la rendre plus douce. Continue comme ça, et ça ira.

Joyeux Noël à tous ! Donnez-vous de l’amour, à tour de bras !