Les chèques cadeaux simplifient la vie de bien des gens, mais compliquent celle de Denis Laframboise, propriétaire du Spa Balnéa, situé à Bromont. Il a constaté la vente sur les réseaux sociaux de chèques cadeaux de son établissement obtenus de façon frauduleuse et totalisant environ 5000 $, estime-t-il.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

En novembre dernier, M. Laframboise s’est rendu compte que des chèques cadeaux du Spa Balnéa étaient vendus… sur Snapchat. Le hic, c’est que ces généreux forfaits ont été achetés avec des cartes de crédit volées ou clonées.

D’année en année, il remarque une augmentation alarmante des cas de fraude. « Je ne veux pas faire peur aux gens. Je veux simplement leur dire de faire attention. N’importe quel commerce peut être touché », explique-t-il.

Il n’en est pas à son premier cas de fraude. « Dans le passé, les enquêteurs ont identifié une adresse IP d’un acheteur à travers nos systèmes et ont bloqué toutes les transactions faites via cette adresse », raconte-t-il.

La plupart des détenteurs de cartes de crédit sont protégés par leur institution bancaire en cas de fraude. Le marchand, lui, est toujours perdant, dit en soupirant M. Laframboise.

Le même stratagème

Le stratagème est toujours le même : les malfaiteurs achètent des forfaits du Spa Balnéa de manière frauduleuse et les vendent à moindre prix. Même si la revente est interdite, les acheteurs crédules y voient une aubaine.

Prévenir ces transactions illégales donne du fil à retordre aux gestionnaires de l’établissement. Quand le détenteur de la carte de crédit se rend compte de la fraude, il appelle la banque, qui à son tour prévient le spa.

Les employés du spa vérifient ensuite si le forfait a été utilisé. Aussitôt les transactions identifiées, les chèques cadeaux sont désactivés. Parfois, le délai est trop long, ils sont donc dépensés en toute impunité.

Le Spa Balnéa a déposé deux plaintes à la police.

La plupart des spas au Québec ont une politique claire de non-revente. Malgré tout, certains ne flairent pas toujours la supercherie. « Il y a un peu d’aveuglement volontaire là-dedans », admet Sandy Robitaille, inspectrice aux enquêtes au Service de police de la Ville de Bromont depuis cinq ans.

Il est trop tôt dans l’enquête pour savoir s’il s’agit d’un réseau de fraudeurs ou d’une personne agissant seule.

Ils [les fraudeurs] se servent de réseaux sociaux pour tisser un lien. Si une connaissance t’offre un bon deal, tu vas avoir tendance à accepter.

L’inspectrice Sandy Robitaille

Dans la plupart des cas, les gens interrogés par les policiers étaient de bonne foi et pensaient seulement acheter à moindre coût, affirme-t-elle.

Même s’ils pensent naïvement faire une bonne affaire, les acheteurs peuvent être perdants. Quand la fraude a été détectée et qu’on leur annonce que la carte est invalide, ils ont tout de même dépensé de l’argent et ne seront pas remboursés.

Fléau des temps modernes

Les fraudes par l’internet ou d’autres plateformes numériques pullulent. Elles sont parmi les infractions les plus répandues dans son secteur, confirme l’agente Robitaille. Souvent, ces gens sont connus des services policiers. « Ils gagnent leur vie en fraudant. »

Commettre ses crimes à travers Snapchat est un phénomène nouveau, qui pourrait prendre de l’ampleur. Un article publié en septembre dernier dans La Presse faisait état d’adolescents victimes d’un réseau de fraudeurs par le biais de cette populaire application.

« Les gens ont l’impression que les échanges sur Snapchat et d’autres plateformes ne laissent aucune trace, donc sous-évaluent le risque. Je remarque un rajeunissement des fraudeurs et des fraudés », affirme le président du Spa Balnéa.

« Il m’est arrivé d’annoncer à quelqu’un qui sortait d’un massage que son forfait à 1000 $ avait été acheté par des moyens frauduleux, poursuit M. Laframboise. Les gens pensent économiser, mais si c’est trop beau pour être vrai, peut-être que c’est pas vrai. »