Une association regroupant des centaines d’ex-employés de l’Université de Montréal entend sonder ses membres pour voir si certains d’entre eux souffrent de maladies associées à l’amiante et évaluer, du même coup, l’importance de la problématique.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

La présidente de l’Association du personnel préretraité et retraité de l’Université de Montréal (APRESUM), Sylvia Francis, a décidé de procéder en ce sens après avoir appris dans La Presse, la semaine dernière, que trois anciens employés de l’établissement avaient développé un mésothéliome, une forme rare de cancer souvent liée à l’exposition à l’amiante.

« Ça inquiète tout le monde », indique Mme Francis, qui dit craindre pour sa propre santé après avoir travaillé pendant des décennies dans le pavillon Roger-Gaudry, où d’importants travaux de désamiantage ont été exécutés par le passé.

« Peut-être que je développerai la maladie dans 10 ans. On ne peut pas savoir », relève la présidente de l’APRESUM.

Mme Francis ne doute pas que l’UdeM a cherché à prendre les mesures qui s’imposaient pour protéger le personnel et les étudiants. Elle reproche cependant à la direction de ne pas avoir « donné toute l’information qu’elle aurait dû donner » sur les risques à long terme pour la santé posés par la présence d’amiante.

L’Université exprime sa « profonde empathie »

Dans une mise au point envoyée à la « communauté universitaire » la semaine dernière, la direction de l’UdeM a indiqué qu’elle prenait « très au sérieux les enjeux relatifs à l’exposition à l’amiante » et qu’elle avait recours à toutes les « mesures de protection et de surveillance » nécessaires lorsque des travaux de rénovation sont réalisés.

L’établissement a précisé qu’il avait mis en place des mesures strictes pour protéger les employés et les étudiants « depuis que les effets de l’amiante ont été documentés et reconnus, dans les années 90 ».

L’UdeM a exprimé par ailleurs sa « profonde empathie » envers les ex-employés affectés par un mésothéliome et leurs familles, en relevant que le fait de devoir vivre avec l’idée qu’ils ont « peut-être » été rendus malades par une exposition survenue à l’université devait causer « stress et désarroi ».

La mise au point précise que la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) avait conclu à l’absence de cause professionnelle dans le cas d’une ancienne secrétaire frappée par un mésothéliome et que deux cas plus récents n’ont pas encore été évalués par l’organisation.

Joël Corbin-Charland, fils d’un ex-programmeur de l’UdeM mort en novembre à l’âge de 73 ans, deux mois après qu’on lui a diagnostiqué un mésothéliome, estime que l’UdeM a livré une version tronquée des faits dans sa mise au point.

L’Université, dit-il, a raison de dire qu’elle prend la problématique de l’amiante « très au sérieux depuis plusieurs années », mais omet de préciser que sa politique à ce sujet a été adoptée « seulement » en 1998 en parlant des « années 90 ».