Onze militants se sont introduits dans une ferme porcine de Saint-Hyacinthe, tôt samedi matin. Ils ont demandé une rencontre avec le premier ministre François Legault, réclamant le droit de sauver les animaux qu’ils estiment en danger, et ont appelé à la fin de la consommation de produits d’origine animale. Pour le monde agricole, il s’agit d’une action appréhendée depuis plusieurs mois.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« Nous avons fait appel à Legault [pour changer les lois], mais nous n’avons pas eu de réponse, a expliqué au téléphone Jenny Donovan, l’une des militantes. Nous avons décidé d’occuper la ferme. »

Les militants de la mouvance antispéciste s’opposent à l’élevage d’animaux pour la consommation. Ils se sont rendus à la ferme Porgreg tôt le matin. Ils ont filmé l’endroit, soulignant la proximité des animaux entre eux, et diffusé leur message en ligne. À l’arrivée des travailleurs, la Sûreté du Québec a été appelée sur les lieux. Les militants ont été arrêtés et neuf d’entre eux ont été libérés rapidement sur remise d’une promesse de comparaître. Ils pourraient être accusés d’introduction par effraction.

David Duval, président des Éleveurs de porcs du Québec, a dénoncé l’action de ceux qu’il qualifie d’« intégristes ». « C’est un risque pour la biosécurité », a-t-il commenté au téléphone. Il a rappelé les consignes strictes d’hygiène pour entrer dans une ferme.

Ça peut créer l’effet inverse de ce qu’ils défendent. Ils viennent promouvoir le bien-être animal, mais s’ils contaminent le troupeau et qu’il doit être euthanasié… c’est inadmissible.

David Duval, président des Éleveurs de porcs du Québec

Les militants ont assuré avoir porté des chaussons et un revêtement de protection pour ne pas nuire aux animaux, entre autres. Le coup d’éclat dans la ferme était organisé par Direct Action Everywhere (DxE), aussi responsable de la manifestation devant le comptoir des viandes d’un Costco de Montréal à l’automne. Avec son sous-groupe Rose’s Law, l’organisation réclame une charte pour les droits des animaux. Il a lancé une pétition pour demander des changements de loi afin de protéger davantage les animaux.

Actions appréhendées

Les actions de petits groupes de militants antispécistes et véganes sont bien connues dans d’autres provinces canadiennes et ailleurs dans le monde.

M. Duval a d’ailleurs indiqué avoir envoyé aux éleveurs un courriel de mise en garde au sujet d’éventuelles entrées par effraction il y a deux semaines à peine.

La semaine dernière, le ministre ontarien de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales a déposé un projet de loi à l’Assemblée législative en raison de « préoccupations liées à l’augmentation des entrées sans autorisation » dans des fermes. Le projet prévoit de hausser les amendes pour ce type d’infraction, notamment.

Le gouvernement albertain a lui aussi légiféré contre les introductions par effraction dans les propriétés agricoles, en réaction au mouvement contre les fermes d’exploitation animale.

Une « nouvelle page » de l’histoire

Pierrette Desrosiers, psychologue dans le monde agricole et conférencière, suit les mouvements véganes radicaux depuis plus d’un an avec une « préoccupation grandissante ». « Je pense que ce qui s’est passé [samedi] matin a écrit une nouvelle page dans l’histoire de l’agriculture », a-t-elle commenté au téléphone.

Selon elle, le stress et l’appréhension de voir des militants s’introduire dans leurs fermes seront désormais bien réels pour les éleveurs québécois. Les militants « se disent non violents, mais la violence psychologique est assez importante », juge-t-elle.

Elle estime le phénomène antispéciste et végane en « grande émergence », évaluant à plus de 300 le nombre de mouvements de ce genre dans le monde.

Je n’ai rien contre quelqu’un qui pratique le véganisme de façon personnelle. Mais ce qu’on voit depuis environ six mois, c’est la montée d’une idéologie pour faire en sorte d’abolir l’élevage, les zoos, la pêche…

Pierrette Desrosiers, psychologue

L’une des personnes arrêtées à Saint-Hyacinthe samedi matin voyait les choses d’un autre œil. « Dans ma vision à moi, ce n’est pas de la violence psychologique, a souligné Lison Primas au téléphone. Mais si ça l’est, c’est minime comparé à ce que vivent les animaux. »

Elle a dit avoir vu des animaux entassés dans les enclos, incapables de bouger faute d’espace. David Duval a assuré de son côté que les réglementations étaient strictement appliquées.

Pour les membres du groupe ayant organisé l’action d’hier, il n’y a cependant qu’un objectif ultime, même si les animaux étaient bien traités : la fin de la consommation de produits d’origine animale. « Je ne crois pas qu’un être vivant veut être tué et qu’il y a une façon éthique de le tuer », a précisé Jenny Donovan.