Malgré deux campagnes électorales où il fut beaucoup question de transports collectifs et les progrès importants des grands projets comme le Réseau structurant de Québec et le Réseau express métropolitain (REM), l’organisme Trajectoire Québec dresse un bilan assez « mitigé » sur l’avancement de 12 projets jugés prioritaires.

Bruno Bisson Bruno Bisson
La Presse

Depuis la publication des « 12 travaux du transport collectif », en août 2018, au moment où le Québec s’apprêtait à entrer en campagne électorale provinciale, 6 des 12 projets sont en cours de réalisation, tandis que l’autre moitié tarde à démarrer (voir listes plus bas). Les projets en région, hors des grands centres, semblent plus difficiles à faire décoller, constate aussi Sarah Doyon, directrice de l’organisme engagé dans la promotion du transport collectif et la défense de ses usagers.

« Je ne dirais pas qu’on est déçus, mais ça reste mitigé comme bilan quand on considère que ces 12  projets-là sont tous réalisables ou prêts à démarrer rapidement, dit Mme Doyon. Et on s’explique mal que des projets comme le lien rapide de l’ouest de Gatineau ou le projet de train Montréal-Québec, qui bénéficient d’un fort appui régional, n’avancent pas. »

La liste des 12 travaux du transport collectif n’a pas été confectionnée au hasard. Elle fait suite à de longues consultations de terrain dans les grandes villes et les régions du Québec réalisées au début de 2018 par Trajectoire Québec et Équiterre. Sa composition reflète d’ailleurs « le fait qu’il y a des besoins de mobilité partout dans la province, et pas seulement à Montréal ou à Québec ».

PHOTO PATRICK SANSFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

« Montréal et les banlieues sont relativement bien servies, ajoute Mme Doyon, quoique le prolongement de la ligne orange jusqu’à Bois-Franc et les voies réservées aux autobus pour la banlieue nord sont des projets nécessaires. Tous les projets de cette liste sont nécessaires pour les populations concernées. »

En plus des annonces touchant les projets en cours (liste plus bas), Trajectoire Québec estime que les nouvelles sont encourageantes pour le projet de train à grande fréquence (TGF) Québec-Windsor de VIA Rail, estimé à 4 milliards. Le gouvernement Trudeau a annoncé des études de 70 millions, en juillet, et la dernière campagne électorale a révélé un appui unanime des partis politiques fédéraux pour le projet.

« Il y a aussi le projet de voies réservées aux autobus de la banlieue nord pour lequel on a confirmé un financement dans le dernier budget provincial, conclut-elle. Mais pour les autres, il n’y a rien qui bouge, et c’est vraiment dommage. »

Six projets qui n’avancent pas

Lien rapide de l’ouest de Gatineau – 2 milliards

Projet de transport collectif rapide (train léger ou rapibus) de 26  kilomètres pour relier la partie ouest de Gatineau, dont le secteur Aylmer, avec interconnexion possible sur celui de la ville d’Ottawa. Des doutes persistent sur le mode de transport à privilégier.

Train Montréal-Sherbrooke – 91 millions

Desserte ferroviaire entre Sherbrooke et Montréal avec des arrêts à Magog, Bromont, Farnham et Saint-Jean-sur-Richelieu en un temps qui rivalise avec l’automobile dans le corridor de l’autoroute 10. En Estrie et en Montérégie, le projet bénéficie de larges appuis politiques et populaires.

Raccordement de la ligne orange au REM – 1,5 milliard (estimation)

L’idée de connecter la ligne orange du métro Côte-Vertu à la gare Bois-Franc du train de Deux-Montagnes est dans les cartons depuis des dizaines d’années. L’arrivée du REM à Bois-Franc pour la fin de 2023 a conféré une nouvelle urgence à sa réalisation. Mais pas assez pour se traduire en annonce concrète.

Amélioration du train de Mont-Saint-Hilaire – 115 millions

Prolongement du train de banlieue Mont-Saint-Hilaire jusqu’à Saint-Hyacinthe, déplacement de la gare Saint-Bruno actuelle près des milieux habités et augmentation de la fréquence des trains dans les deux directions. Le projet est au neutre.

Transport collectif en Mauricie – 200 000 $

Améliorer la concordance des services des villes de La Tuque, Shawinigan et Trois-Rivières et financer à long terme une desserte interurbaine de ces trois villes de la Mauricie.

Voies réservées aux autobus sur les axes de la Rive-Nord – 100 millions

Ça fait plus de 10  ans qu’on fait des études pour implanter des voies réservées aux autobus sur les autoroutes 13, 15 et 19 entre la banlieue nord et Montréal. Alors qu’une crise pointe à l’horizon avec la fermeture du train de banlieue de Deux-Montagnes et que la congestion routière augmente, on se rend compte aujourd’hui qu’elles seraient bien utiles. Au mieux, elles pourraient être prêtes en 2021.

Les projets qui avancent

Réseau structurant de la Ville de Québec – 3 milliards

Le montage financier du projet de 3 milliards, qui comprend un tramway, des trambus et des métrobus, a été (enfin) confirmé par Ottawa en août dernier, après que Montréal eut accepté de céder 800 millions de ses fonds d’infrastructures fédéraux en échange d’un montant équivalent du gouvernement du Québec dans la ligne rose. Le réseau structurant de Québec doit entrer en service en 2026.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau lors de l'annonce de l'investissement d'Ottawa pour le tramway de Québec, le 19 août

Service rapide par bus (SRB) de la Ville de Sherbrooke – 40 millions

Le projet prévoit plusieurs lignes de service rapide par bus (SRB) qui desserviront les grands générateurs de déplacements comme l’Université ou le Centre hospitalier universitaire (CHUS), ainsi que le boulevard Portland, dans l’axe est-ouest.

Prolongement du métro dans l’est de Montréal – 4,5 milliards

Le gouvernement fédéral a confirmé en juillet une contribution de 1,3 milliard pour le projet de prolongement de cinq stations de la ligne bleue du métro jusque dans l’arrondissement d’Anjou, d’ici 2025. Les plans et devis dont déjà en cours de réalisation.

Réseau express métropolitain – 6,3 milliards

La construction du REM avance comme un bulldozer malgré les controverses (interruption du train de Deux-Montagnes, conflit ouvert avec Kirkland et Pointe-Claire). Le REM reliera la Rive-Sud, la banlieue nord, l’ouest de l’île de Montréal et l’aéroport international Trudeau au centre-ville de la métropole par un réseau de métro léger de 67 km. Sa mise en service progressive débutera à la fin de 2021.

PHOTO PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Construction de la voie de service pour le passage du REM à Kirkland

SRB Côte-Vertu/Sauvé – 30 millions

La ligne d’autobus 121 Sauvé – Côte-Vertu de la STM deviendra un service rapide par bus (SRB) entre les rues Décarie et Berri, reliant entre elles les stations de métro Sauvé et Côte-Vertu. Les travaux ont débuté au printemps dernier. Le SRB roulera 24  heures sur 24 à compter de l’automne 2020 sur un trajet de 4,7  kilomètres.

Transport collectif autonome et intelligent

Des projets-pilotes de navettes électriques autonomes, sans conducteur, ont été mis en œuvre depuis 2018 par l’opérateur Keolis, à Candiac, et par son grand rival Transdev, entre la station de métro Viau et le marché Maisonneuve, dans l’est de Montréal. On attend beaucoup de ces technologies, à long terme, pour combler le dernier kilomètre entre le domicile et le réseau de transport collectif.