L’ancien président de la Catalogne Carles Puigdemont signe une lettre ouverte adressée aux Québécois. Dans cette missive, Carles Puigdemont remercie la population du Québec pour sa solidarité à l’égard des Catalans, mais dénonce aussi la position d’Ottawa qui refuse de lui accorder une autorisation de voyage lui permettant de venir au Québec.

La Presse canadienne

Dans la lettre ouverte qui a été envoyée aux médias par l’entremise de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal, Carles Puigdemont remercie les Québécois, qui n’ont pas « fléchi » devant la « l’arsenal répressif déployé par l’État espagnol dans la foulée du référendum de 2017 » et devant « la violence inouïe des institutions policières et judiciaires » espagnole.

« J’ai bien pris note, non sans émotion, des résolutions unanimes de votre Assemblée nationale ainsi que de la mobilisation vigoureuse de vos organisations citoyennes en appui aux principes de justice et de démocratie que nous travaillons à faire respecter de ce côté-ci de l’Atlantique », a écrit l’ancien président de la Catalogne.

Carles Puigdemont souhaite visiter le Canada, et particulièrement le Québec, afin de rencontrer les parlementaires québécois dont certains sont solidaires à la cause indépendantiste catalane.

L’ancien président de la Catalogne, poussé à l’exil par des accusations de sédition et de détournement de fonds publics déposées contre lui par le gouvernement espagnol, conteste le refus d’Immigration Canada de lui accorder une autorisation de voyage électronique lui permettant de venir au Québec.

Carles Puigdemont a écrit qu’il était « perplexe » vis-à-vis les réticences d’Ottawa à lui permettre de visiter la province.

« Je ne m’attendais pas à ce traitement qui me surprend, sachant qu’entretemps il m’a été possible, par exemple, de circuler librement dans plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni. J’aurais cru que le Canada, qui a toujours joui d’une grande aura d’exemplarité à l’international, se montrerait plus accueillant à mon endroit. »

Il se dit également préoccupé qu’Ottawa semble accréditer la « thèse dangereuse », selon laquelle « la participation d’un élu à la tenue d’un référendum d’autodétermination puisse être légitimement passible de condamnations criminelles ».

Dans sa lettre, Carles Puigdemont trace « certains parallèles » entre le parcours historique du Québec et celui de la Catalogne.

« Ainsi, l’assimilation linguistique et culturelle, la répression militaire et policière, les diktats politiques et constitutionnels imposés d’en haut, etc., sont autant de phénomènes qui ne nous sont guère étrangers » a-t-il écrit.

« Or, les peuples, comme les individus, ont le droit inaliénable au respect de leur dignité, de leur volonté, de leur liberté. C’est là un combat juste et nécessaire qui s’ancre dans les fondements de notre civilisation » a-t-il ajouté.

Carles Puigdemont a mentionné qu’il éprouvait beaucoup de solidarité « à l’égard des combats » des Québécois et qu’il « demeure également un observateur attentif des discussions sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec ».

Le 130e Président de la Catalogne président de la Catalogne a terminé sa lettre en citant le poète Gaston Miron :

« Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver/ […] il n’est pas question de laisser tomber nos espérances ».

Réagissant à la lettre de Carles Puigdemont, le président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Maxime Laporte, s’est attaqué au premier ministre du Canada.

« Le Canada devrait avoir honte de traiter en criminel ce grand démocrate qui n’a fait que convier son peuple, le peuple catalan, à choisir son destin. Cela vaut aussi, bien entendu, pour ses compatriotes condamnés à des peines insensées pouvant aller jusqu’à 13 ans de prison. Justin Trudeau est-il vraiment à l’aise avec cette situation ? Entend-il sérieusement continuer à avaler sans broncher les couleuvres espagnoles ? Pour reprendre le vocabulaire de son père : le Canada serait-il donc dirigé par un pleutre ? » a écrit Maxime Laporte dans un courriel qui accompagnait la lettre de Carles Puigdemont.

M. Puigdemont avait appris en octobre dernier qu’un agent d’immigration au bureau de Paris avait rejeté sa demande d’autorisation de voyage électronique (AVE), et ce, en raison des accusations portées contre lui par le gouvernement espagnol à la suite du référendum sur l’indépendance de la Catalogne en 2017, référendum que l’Espagne a toujours considéré comme étant illégal.

Bien qu’aucun visa ne soit nécessaire pour les voyageurs européens voulant venir au Canada, une autorisation de voyage électronique est requise depuis quelques années.