Dans l’armée depuis 33 ans, elle a été la première femme à diriger des unités de combat au sein des Forces canadiennes et détient le grade militaire le plus élevé au Québec. C’est sa passion et sa discipline qui l’ont menée où elle est aujourd’hui : à la tête de la mission de l’OTAN en Irak. Jennie Carignan est notre personnalité de la semaine. 

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Dans une note destinée aux médias au sujet de l’inconduite sexuelle dans l’armée, publiée à la fin de 2018, la grande militaire canadienne Jennie Carignan a écrit : « Il ne suffit pas de signaler ce qu’il ne faut pas faire : il faut donner l’exemple de ce qu’il faut faire et l’exiger. »

Voilà, disent ses proches, ce qui résume en quelques mots le leadership de Madame la Générale des Forces armées canadiennes, première femme à diriger des unités de combat au sein des Forces canadiennes et détentrice du grade militaire le plus élevé au Québec, femme qui aujourd’hui pilote une grande mission militaire internationale.

Mercredi, Jennie Carignan a en effet pris la direction de la mission de l’OTAN en Irak. 

« Elle est plutôt occupée et sollicitée », nous a fait savoir son entourage, alors que la militaire voyageait du Canada à New York, puis à Bagdad, d’où elle nous a quand même fait savoir, entre autres choses, par courriel, que Louise Arbour et Angela Merkel étaient les personnages contemporains qu’elle admirait le plus.

Jennie Carignan, dans l’armée depuis 33 ans, est originaire de la région d’Asbestos, où elle a grandi dans une famille d’ouvriers.

Enfant, elle rêvait de devenir ballerine. Une caractéristique commune avec l’armée ? La discipline.

Après des études primaires et secondaires dans sa région, la jeune femme cherche alors de nouveaux défis plus excitants que ce qu’on lui propose dans son entourage. « Quelque chose de plus grand que moi », a-t-elle expliqué en entrevue à quelques reprises dans le passé. En 1986, à 17 ans — elle en a aujourd’hui 51 —, elle décide donc de « s’enrôler » et de partir étudier au Collège militaire royal du Canada, à Kingston, en Ontario. 

Et c’est le début de toute une aventure qui la mènera dans quatre missions différentes : dans les plateaux du Golan, en Bosnie-Herzégovine, en Afghanistan et maintenant en Irak. Et qui lui permettra d’atteindre le plus haut poste militaire au Québec.

Mariée à un ancien membre de l’armée aujourd’hui enseignant, elle a quatre enfants, deux garçons et deux filles, et quand on lui demande comment elle a fait pour mener carrière et famille de front, elle n’a, disent ses proches, qu’envie de répondre : « Poseriez-vous la question à un homme ? »

La plus jeune de ses enfants a maintenant 12 ans et les deux plus vieux sont déjà engagés dans des carrières militaires : un à Valcartier et l’autre au collège de Kingston. 

En Irak, Jennie Carignan dirige une équipe de 500 à 600 militaires, dont 250 Canadiens. En tout, près d’une trentaine de nationalités sont représentées au sein de l’équipe de la coalition. Leur mission là-bas n’en est pas une de combat. Il s’agit plutôt, explique-t-on sur le site de l’OTAN, de renforcer les forces de sécurité irakiennes et les établissements irakiens de formation militaire, afin que les forces irakiennes puissent empêcher le retour du groupe armé État islamique à la suite du rétablissement de l’autorité souveraine sur tout le territoire irakien, à la fin de 2017.

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Jennie Carignan a fait des études poussées au fil de sa carrière : à l’Université Laval, où elle a obtenu un MBA, au United States Army Command and General Staff College et à la School of Advanced Military Studies de l’armée des États-Unis, où elle a obtenu une maîtrise. Elle est connue pour son leadership basé sur l’exemple, mais aussi sur la confiance. « Elle fait confiance aux gens, et ceux-ci ne veulent surtout pas la décevoir », explique une personne qui a longtemps travaillé avec elle. Sa confiance est perçue comme un privilège.

C’est cette approche qui lui a fait prendre position en faveur de la liberté pour le cannabis dans l’armée. Si on fait confiance aux militaires suffisamment pour leur confier des armes, pour les laisser boire de l’alcool, pour leur donner des responsabilités immenses afin de protéger des populations, pourquoi ne leur ferait-on pas confiance pour ça ?

Approche semblable dans le débat sur le port de la barbe. Est-ce qu’être frais rasé est l’ultime symbole de la discipline ? Ou la discipline impeccable n’est-elle pas une posture, un choix de vie beaucoup plus profond ?

On dit d’elle aussi qu’elle parle aux soldats et aux présidents de la même façon, qu’elle cherche à convaincre par l’explication, le dialogue. Et que son travail est sa passion, en plus du flamenco. Elle est partie pour un an. À suivre.

Jennie Carignan en quelques choix

Un auteur

Marc Aurèle, empereur romain

Un film

La vie est belle, de Roberto Benigni

Un art

La danse

Un passe-temps

La peinture

Un personnage historique

Nelson Mandela

Des personnages contemporains

Louise Arbour et Angela Merkel

Une cause

La reconnaissance de la qualité des soldats canadiens

Une phrase

« I’ve learned that people will forget what you said, people will forget what you did, but people will never forget how you made them feel », une phrase de Maya Angelou que l’on peut traduire par : « J’ai appris que les gens oublieront ce que vous avez dit ou ce que vous avez fait, mais n’oublieront jamais les émotions que vous leur avez fait ressentir ».