Ardent chercheur de la lutte contre le cancer, il a découvert en 2014 une molécule pouvant augmenter le succès du traitement des cancers du sang avec des cellules souches. Cinq ans après, cette molécule a prouvé son efficacité et a entraîné des Québécois sur la voie de la guérison. Guy Sauvageau est notre personnalité de la semaine.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Guy Sauvageau était adolescent quand Terry Fox, la jambe amputée à cause de son cancer des os, a entrepris sa croisade héroïque d’un bout à l’autre du pays pour sensibiliser les Canadiens au sujet de sa maladie et leur faire comprendre la nécessité urgente de faire avancer la recherche.

« Je me souviens de m’être regardé dans le miroir à Fabreville, se rappelle le chercheur. Je devais avoir 15 ans, et je me suis dit : “Un jour, je vais contribuer à vaincre cette maladie-là.” »

Nous sommes en 2019 et en effet, notre personnalité de la semaine a accompli de grandes choses pour participer à la lutte contre les cancers, plus particulièrement les cancers du sang. 

Cinq ans après la découverte, par le Dr Sauvageau et son équipe, d’une molécule ayant le potentiel d’augmenter le succès du traitement des cancers du sang avec des cellules souches tirées de cordons ombilicaux, on sait maintenant que la molécule est efficace. « Des Québécois atteints de cancers du sang qui étaient probablement condamnés sont maintenant sur la voie de la guérison, après une greffe de cellules souches “nouvelle génération”, effectuée selon un processus utilisant une molécule découverte dans un institut de recherche de l’Université de Montréal », pouvait-on lire récemment dans La Presse.

Les honneurs

Les résultats de cette nouvelle étape de la recherche, qui vont bien au-delà des attentes des chercheurs, ont été publiés dans The Lancet Haematology.

J’ai eu droit aux honneurs, mais c’est vraiment toute une équipe qui est derrière ça.

Dr Sauvageau

Des médecins chercheurs en oncologie et en hématologie qui s’appellent Sandra Cohen, Jean Roy, Silvy Lachance et Jean-Sébastien Delisle. « C’est beaucoup eux qui ont fait le travail. »

Guy Sauvageau est né à Laval, à Fabreville, près de Sainte-Rose, il y a 57 ans. Enfant, il était fou de sciences, avait de bonnes notes et adorait les études. Un cas à part dans sa famille. Son père avait une entreprise, sa mère était à la maison. « Je m’amusais à l’école », explique-t-il. Après des études primaires dans le quartier, il part au secondaire au collège Laval, une époque importante. Il gardera des liens solides avec ses anciens camarades qui ont décidé, il y a quelques années, de se rassembler pour amasser des fonds pour le laboratoire de leur ami chercheur. « Une initiative qui me touche beaucoup, beaucoup. »

La recherche avant tout

C’est à l’Université de Montréal que le Dr Sauvageau a ensuite étudié la médecine, avant de partir faire un doctorat à Vancouver, à l’Université de Colombie-Britannique. Il est ensuite revenu à Montréal où il travaille depuis ce temps, où il fait de la recherche, de l’enseignement, où il a fondé l’Institut de recherche en immunologie et cancérologie de l’Université de Montréal. Après des années de gestion de ce centre qui emploie près de 600 personnes, il a laissé le bébé à d’autres et se consacre maintenant uniquement à la recherche. 

Installé en hauteur, à l’Université de Montréal, il regarde le lac Saint-Louis, le soleil qui se couche au loin. Il s’y rend encore et toujours sur deux roues. Guy Sauvageau est un mordu de vélo, avec des modèles pour tous les climats. Actuellement, il guérit une côte cassée après une vilaine chute. Il fait même du vélo avec ses chiens.

« Je suis un artiste désorganisé », confie le scientifique, père de trois filles dans la vingtaine, dont une qui termine des études en médecine et veut devenir chirurgienne. C’est aussi un chercheur heureux de travailler avec des gens brillants, motivés, motivants, qui passe beaucoup de temps sur le fleuve avec les baleines, une autre passion, comme le kayak et le ski de fond. Toujours près de la nature, son autre grand sujet de prédilection.

S’il était né 15 ans, 20 ans, plus tard, assure-t-il, l’environnement serait probablement au cœur de ses travaux. Mais le cancer et l’environnement, ne sont-ce pas là des enjeux qu’on ne peut plus dissocier ?

« Oui, répond-il. Absolument. Malheureusement. »

Guy Sauvageau en quelques choix 

Un film

Braveheart de Mel Gibson, avec Mel Gibson. « J’étais jeune et ça m’a touché », ou alors Cyrano de Bergerac, avec Gérard Depardieu, pour le jeu de l’acteur et les textes fabuleux.

Un livre 

« J’aime les biographies de personnages marquants. »

Une chanson

Plus rien des Cowboys Fringants

Un personnage historique

Léonard de Vinci. « Quel personnage ! J’adore les gens qui ont du talent. C’est tellement beau de voir un cerveau qui fonctionne. » 

Un personnage contemporain

Barack Obama. « Un des derniers personnes politiques à exprimer des idées claires, modernes, qui vont de l’avant. »

Une phrase

Tout vient à point à qui sait attendre. « C’est tellement vrai. On est si pressés, trop pressés. Quand on attend, on laisse les émotions tomber à la bonne place, les décisions deviennent évidentes. »

Une cause

« Le cancer. Si j’étais né plus tard, ç’aurait probablement été l’environnement. »